Le Fils de l’Homme

La Vérité de la vie de Jésus

Par la Grâce de Dieu…
et grâce à la venue sur cette Terre du Fils de l’Homme,
voici, restituée, telle qu’elle fut en réalité,
la vraie vie de Jésus le Fils de Dieu.
C’est la victoire de la Vérité !
…lors de la clôture du cycle des événements.

Jésus le Fils de Dieu

C’était au déclin d’une belle journée d’été. Les rayons du soleil tombaient obliquement sur le miroir scintillant du lac et inondaient tout alentour d’une lumière dorée.

Absorbé dans ses pensées, un voyageur avançait sur la grand-route. Il tenait un long bâton dans sa main droite alors que sa main gauche pendait librement. Tous ses mouvements étaient naturels et nobles. C’était à peine si ses pas laissaient des traces dans la poussière de la route.

Un troupeau de moutons, surveillé par deux gros chiens, vint à sa rencontre en bêlant. Le berger suivait, fatigué.

Le voyageur se rangea sur le côté pour laisser passer les animaux. Son regard bienveillant se posa sur eux. On aurait dit qu’ils ressentaient sa bonté, car ils s’approchèrent l’un après l’autre et se pressèrent contre lui. Quelques agneaux s’arrêtèrent à ses côtés. De sa belle main, il caressa doucement leurs têtes crépues et prit le plus petit dans ses bras.

Le berger, qui s’était approché, salua le voyageur et l’examina avec curiosité.

« Aimes-tu donc tant les animaux, étranger ? » demanda-t-il, étonné.

« D’habitude, mes moutons sont farouches. Tu es peut-être berger toi aussi ? »

« Peut-être le serai-je un jour », dit Jésus en souriant, tandis qu’Il reposait doucement le jeune animal à terre.

A ce moment-là seulement, le berger vit combien le voyageur était jeune. Il l’avait pris de loin pour un homme d’âge mûr. Les traits de son fin visage étaient réguliers et nobles. Ses cheveux et sa barbe étaient soignés, mais semblaient ne pas avoir été coupés depuis longtemps. Peut-être avait-il fait un vœu.

« Comment s’appelle ce bourg au bord du lac ? » demanda le jeune homme.

« Tibériade. »

Le voyageur prit congé en remerciant aimablement le berger et se dirigea allègrement vers le bourg. Des enfants jouaient au bord du lac, mais ils levèrent à peine les yeux à l’approche du voyageur : ils avaient l’habitude de voir des étrangers. Il s’arrêta près d’eux pour observer leurs jeux, ce qui ne les dérangea en aucune façon. Les garçons avaient creusé de petits trous dans le sable et s’efforçaient de les remplir d’eau.

« Prête-moi ton bâton », dit soudain l’un d’eux à celui qui assistait à la scène. « Je vais creuser un petit canal jusqu’au lac. »

Le jeune homme mit volontiers son bâton entre les mains de l’enfant, tout en lui expliquant en riant que l’eau ne coulerait jamais vers l’amont. Le garçon le comprit, mais il n’en fut pas satisfait.

« Je prierai Dieu pour qu’Il donne à l’eau un autre cours », dit-il d’un air important. « Je suis le fils du prêtre, alors Dieu m’écoutera. »

« Mon enfant, » s’exclama le voyageur stupéfait, « comment peux-tu dire une chose pareille ? Crois-tu que, pour un jeu, Dieu renverserait Ses Lois éternelles ? »

« Ce n’est pas pour un jeu, » se défendit obstinément l’enfant, « c’est pour montrer Sa Puissance. S’Il est tout-puissant, Il doit le faire ! »

« Les petits sont comme les grands ! » soupira l’homme, puis il dit avec bienveillance à l’enfant qui le regardait d’un air mécontent : « Dieu est si grand qu’Il n’a pas besoin de donner aux hommes des preuves de Sa Puissance. Ils en sauraient assez s’ils acceptaient de croire. »

« Tu as raison, étranger », dit une voix. Une femme s’était approchée sans qu’on l’eût remarquée ; elle avait entendu les dernières phrases. « Tu as tort, Benjamin, de tenir pareil langage », le gronda-t-elle, et le garçon, s’accrochant à sa robe, se blottit contre elle avec un « maman » mi-contrit, mi-effrayé.

« Il ne faut pas en vouloir à cet enfant écervelé », dit la femme. « Tu es en voyage. Jusqu’où veux-tu encore aller aujourd’hui ? »

« Seulement jusqu’à cette bourgade, si je peux y trouver un gîte », répondit obligeamment l’homme.

« Viens avec moi dans notre maison. Mon mari, le prêtre, te fera oublier les paroles irréfléchies du petit. »

La femme avait parlé de façon spontanée. On remarquait qu’elle aimait donner. Le voyageur la remercia, et tous trois prirent le chemin étroit qui menait vers la rangée de maisons du côté du couchant.

Tibériade était un petit bourg de pêcheurs. Des barques étaient amarrées sur la rive, d’autres se balançaient sur le lac. Des pêcheurs préparaient les filets qu’ils avaient fait sécher avant de les plonger pour la nuit dans le lac. Cela sembla amuser l’étranger qui, apparemment, n’avait encore jamais rien vu de pareil. Il questionna aimablement le garçon sur une chose ou l’autre, et l’enfant répondit, oubliant sa timidité.

Ils arrivèrent devant une maison bien propre, entourée d’un petit jardin.

« Comme c’est joli ! » dit l’hôte en se penchant sur des fleurs de toutes couleurs. « Chez nous, nous avons aussi un jardin comme celui-là. »

« Où est-ce, chez toi ? » voulut savoir la femme.

« A Nazareth. Je suis Jésus, le fils aîné du charpentier Joseph. »

« Entre donc, Jésus. Puisses-tu te plaire chez nous ! Mon mari est absent, il ne rentrera que plus tard. »

Elle apporta à son hôte du lait, du pain et des poissons, puis elle prépara pour l’homme fatigué une couche pour la nuit.

Le lendemain, le prêtre et son hôte allaient et venaient dans le petit jardin en conversant de façon animée.

« Tu as dû avoir d’excellents maîtres, Jésus », dit Gédéon. « Tu es fort instruit à tous égards, et tu as beaucoup lu, me semble-t-il. Il est regrettable qu’avec ce riche savoir tu n’aies pas l’intention de servir dans un temple. »

Il regarda Jésus comme s’il s’attendait à un acquiescement ou à de plus amples explications. Mais il ne reçut aucune réponse. Alors il reprit :

« Que penses-tu faire dans les prochains jours ? »

Pendant que Jésus cherchait visiblement les mots qui pourraient expliquer Ses intentions à Son hôte, celui-ci enchaîna :

« Ce n’est pas la curiosité qui me pousse à te poser cette question, Jésus. Tu me plais, et j’aurais besoin d’un aide dans mon travail. Je voudrais te proposer de rester chez moi moyennant rétribution. Tu n’as pas besoin de te décider immédiatement. Demain, il y aura énormément à faire. Si tu voulais m’aider, tu apprendrais tout de suite à connaître ce genre de travail. Eh bien, qu’en penses-tu ? »

Gédéon avait parlé avec chaleur et du fond du cœur. Jésus s’en rendit compte, c’est pourquoi Il accepta d’aider le prêtre les jours suivants. Peut-être pourrait-Il commencer ici la mission qui devait désormais remplir Sa vie.

On appela le prêtre à l’intérieur de la maison. Jésus resta au jardin et médita ses paroles.

Dans la solitude du désert, Il avait compris qui Il était et dans quel but Son père L’avait envoyé sur Terre. Il savait que pour sauver les hommes de la perdition Il devait leur apporter la Vérité perdue, la connaissance de Dieu qu’ils avaient oubliée.

Mais de quelle façon devait-Il aborder les hommes ? Comment Jean s’y était-il pris ? Devait-Il aller le trouver pour le lui demander ? Il y avait maintes fois réfléchi, mais Il était toujours parvenu à la conclusion qu’Il ne pouvait pas suivre le même chemin que Jean.

Un rire d’enfant interrompit ses pensées ; Benjamin accourait vers lui avec un jeune chien maladroit. Essoufflés, ils s’arrêtèrent tous deux près de l’hôte pensif, qui les salua amicalement.

Peu après, la mère du garçon se joignit à eux. Elle voulait aller voir une malade et elle invita Jésus à l’accompagner. Il y consentit volontiers, bien que Benjamin L’eût supplié de rester au jardin pour continuer la merveilleuse histoire qu’Il avait commencée le matin.

Chemin faisant, Rachel, la femme du prêtre, parla de la malade.

C’était une veuve qui, grâce au travail de ses mains, subvenait depuis un an à ses propres besoins et à ceux de ses sept enfants encore très jeunes. Pour le moment, elle était alitée avec une forte fièvre et l’espoir d’une guérison était faible.

« Si au moins elle pouvait dormir, elle serait sauvée, a dit le médecin », conclut-elle avec un soupir.

Ils pénétrèrent dans une cabane basse qui paraissait quelque peu négligée par suite de la longue maladie de la femme. Amaigrie, brûlante de fièvre, la malade se tournait et se retournait sur sa couche. De ses yeux brillants, elle fixa avec insistance celui qui entrait.

« Qui est-ce ? » demanda-t-elle précipitamment.

« Notre hôte », répondit Rachel avec bienveillance. « C’est un rabbi instruit. »

« Seigneur, » s’écria la femme d’une voix forte, « si tu es tellement instruit, dis-moi donc où se trouve la bonté de Dieu dans ma maladie ? Ma maison et mon foyer sont déjà à l’abandon. Si je dois mourir, mes enfants seront privés d’aide et de protection. »

Un sanglot interrompit ses paroles. Jésus s’était discrètement approché de sa couche.

« Femme, » répondit-Il d’une voix douce, « Dieu est Justice. Réfléchis : n’as-tu pas fait, dans ta vie, quelque chose d’erroné ? N’as-tu jamais mérité le châtiment de Dieu ? »

« Pourquoi m’interroges-tu de cette façon ? Tu sais bien qu’il en est ainsi. Mais, au fait, comment le sais-tu, toi qui n’es pourtant qu’un étranger ? » questionna la femme haletante.

« Je sais qu’il ne peut en être autrement. Mais laisse-moi te questionner à présent : Regrettes-tu d’avoir agi ainsi ? Veux-tu t’efforcer de vivre toujours d’après les Lois de Dieu ? »

La malade regarda Jésus avec de grands yeux.

« Je n’en puis plus, tant le repentir m’accable. Je n’agirai certainement plus jamais de la sorte. »

« Alors, sache que Dieu te pardonne, car Il n’est pas seulement la Justice, Il est aussi la Bonté et la Miséricorde. Dors et accueille pendant le sommeil la force dont tu as besoin pour continuer ton chemin. »

En disant ces mots, Jésus avait posé Sa main droite sur le front et les yeux de la malade. Lorsqu’Il la retira quelques instants plus tard, la femme respirait calmement, les paupières closes. Rachel contempla avec étonnement ce tableau paisible.

Ils quittèrent tous deux la cabane sans faire de bruit, mais ils étaient à peine hors de portée de voix que Rachel ne put se contenir davantage :

« Seigneur, qui es-tu pour accomplir de telles choses ? Comment peux-tu t’exprimer avec autant d’assurance ? Tu parles comme si tu connaissais Dieu ! »

« Ne Le connais-tu pas, Rachel ? » demanda à son tour Jésus. « Les prophètes n’ont-ils pas écrit à Son sujet ? Vous ne devez pas vous faire de Lui une image qui ne ferait que rabaisser ce qui est divin au niveau terrestre, mais vous pouvez vous Le représenter en esprit. »

« Seigneur, tu es différent de tous les hommes que je connais ! Il est bon que tu veuilles rester chez nous ; ainsi, grâce à toi, nous pourrons apprendre quelque chose. »

La nouvelle de la guérison de la veuve après la visite de l’étranger de Nazareth se répandit le lendemain dans tout Tibériade. Gédéon trouvait cela gênant. C’était un homme qui n’aimait pas se faire remarquer. Or, à cause de son hôte, sa maison était devenue le centre d’une agitation intense.

Heureusement que Jésus n’avait pas consenti à devenir son aide ! Il faudrait bien supporter pendant quelques jours cette affluence de curieux qui réclamaient du secours, mais ensuite Gédéon pourrait retrouver sa tranquillité habituelle. En attendant, il Lui demanda encore :

« Dis-moi, Jésus, comment as-tu pu guérir cette femme ? Comment as-tu pu savoir que quelque chose l’oppressait ? Qui t’a autorisé à lui annoncer le pardon de Dieu ? »

« Voilà bien des questions en même temps ! Je vais essayer d’y répondre en une seule fois », dit Jésus. « Vois-tu, Gédéon, lorsque quelqu’un est en proie à la maladie et se trouve aussi fortement bouleversé, c’est le signe qu’il ne peut être en paix avec sa conscience, et c’est ce que j’ai constaté auprès de cette malade. Si je voulais la secourir, il fallait d’abord que j’apaise son âme ; le pardon divin n’est-il pas accordé à tous les pécheurs qui se repentent sincèrement ? »

« Ce que tu dis là paraît tellement simple, » dit Gédéon d’un air pensif, « mais je dois continuer à t’interroger : par quelle force lui as-tu imposé les mains pour qu’elle s’endorme ? »

« Par la Force de Dieu, le Seigneur », répondit Jésus avec une grande simplicité. Mais la façon dont Il prononça ces paroles fit taire Son interlocuteur.

Jésus resta encore deux jours dans la maison du prêtre. Puis Il partit après avoir remercié Son hôte et reprit Sa marche le long du lac. Il se réjouissait, car Il avait commencé Sa Mission. Des hommes et des femmes s’approchaient déjà de Lui pour Lui demander conseil. Ils pensaient que celui qui avait aidé une fois pouvait encore le faire et continuerait à le faire. Et ils ne se trompaient pas. Lorsqu’une question n’était pas dictée par une vaine curiosité, Il donnait une réponse.

Cependant, dans la maison de Gédéon, il y avait un grand vide, mais personne ne voulait en convenir. On aurait dit que toute chaleur et tout soleil avaient disparu avec Jésus. « A quoi cela tenait-il donc ? » se demandait le prêtre. Il aurait dû essayer de retenir son hôte.

Un certain temps s’était écoulé depuis que Jésus était arrivé au lac de Génésareth. Il continuait à suivre les bords de ce lac qui L’avait tant séduit et qui s’étendait presque à perte de vue. Peut-être était-ce l’eau qui, après la sécheresse du désert, avait un effet bienfaisant ? Peut-être était-ce le lac qui, tel un miroir, reflétait avec tant de pureté et de clarté tout ce qui se penchait vers lui ?

Sans se demander ce qui L’y attirait, Jésus revenait invariablement à ce lac, même lorsqu’Il avait déjà dirigé Ses pas vers l’intérieur du pays. Il aimait l’activité intense des pêcheurs qui, dans leur union étroite avec la nature, Lui paraissaient beaucoup moins déformés que les autres hommes. Ils s’y connaissaient en matière de vent et de climat ; les vagues et les flots leur étaient familiers. Par contre, il était difficile de lier conversation avec eux.

Lorsque Jésus posait une question, Il obtenait la plupart du temps une réponse aimable, mais cela ne donnait lieu à aucun échange ; la conversation s’arrêtait là, et il était encore plus rare que l’un de ces hommes vînt poser une question à Jésus.

Pourtant, il arriva un matin qu’un pêcheur encore jeune rejoignit Jésus alors qu’Il se rendait au lac. Il était visible qu’un cœur oppressé poussait l’homme à se confier, mais il n’osait parler. Jésus ne prononça pas un seul mot pour lui venir en aide. Il fallait qu’il énonçât lui-même ce qu’il avait à dire, sans être influencé.

Pendant quelques minutes, ils marchèrent côte à côte et, finalement, l’homme dit :

« Es-tu celui qui aide les hommes ? »

Jésus se réjouit de la question : c’était précisément ce qu’Il voulait être. Bénis étaient ceux qui s’en apercevaient ! C’est pourquoi Il répondit par un bref « oui ».

« J’ai appris que tu ne te faisais pas payer », continua l’homme. « Tu agis donc avec le sincère vouloir d’aider et non pour en tirer un profit personnel. »

Jésus se tut, et l’autre continua :

« J’ai besoin d’aide. Mon grand-père et mon père étaient pêcheurs comme moi. Tous deux ont péri dans une tempête. Notre lac n’est pas toujours agréable, il peut aussi se déchaîner et gronder. Je suis né le matin qui suivit la noyade de mon père. Dans l’angoisse de son cœur, ma mère fit le vœu qu’une vieille femme lui dicta : tant qu’elle vivrait, elle ne prierait plus jamais Dieu, à condition que des puissances invisibles protègent son fils sur le lac, et ce fils, c’est moi, rabbi.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, jamais ma mère n’est allée au temple, jamais elle ne m’a parlé de Dieu. Ce que je sais de Lui, je l’ai appris d’autres garçons. Lorsqu’elle est morte il y a deux ans, dans des tourments et des angoisses indicibles, elle m’a confié ce à quoi elle s’était engagée pour me garder en vie. Dès lors, cette vie n’a plus eu de valeur pour moi.

Je ne puis m’adresser aux prêtres, ils nous maudissaient, ma mère et moi, parce que nous n’allions pas au temple. Rabbi, je t’en supplie, aide-moi à sortir de la détresse de mon cœur ! »

L’homme était sincère dans sa prière. Des larmes inondaient ses joues. Il tendit les mains vers Jésus.

Ce dernier était profondément bouleversé. Qu’une chose pareille fût possible chez les êtres humains ! Qu’une mère ait pu, pour le bien terrestre de son enfant, compromettre son salut éternel ! Cela Le faisait frémir. Alors Il dirigea Son regard clair vers celui qui Le suppliait et dit d’un ton compréhensif :

« Pauvre homme, comme tu as dû souffrir ! »

L’homme s’était attendu à tout, sauf à cela : il avait eu peur des réprimandes, de la colère, ou du mépris. Cette bonté le toucha jusqu’au plus profond de lui-même, mais déjà Jésus continuait :

« Ce que ta mère a fait, elle l’a fait par ignorance ; ne la jugeons pas.

Elle a reconnu son erreur à présent, et il lui faudra se donner beaucoup de mal pour la racheter. Mais toi, tu dois commencer une vie nouvelle. Fais-toi instruire au sujet de Dieu et vis dans Ses Lois éternelles. Il n’est pas trop tard pour prendre une autre direction. »

« Veux-tu me parler de Dieu ? » demanda l’homme humblement.

« Je le ferai volontiers », dit Jésus avec joie. « Si tu peux rester avec moi aujourd’hui, je te montrerai Dieu tel qu’Il est. »

Ce jour-là et le lendemain, Jésus chemina avec Barthélemy, le pêcheur, et l’instruisit. Puis ils se quittèrent, et Barthélemy retourna à sa barque. Mais il avait tellement envie de commencer une vie nouvelle que, peu de mois après, il alla trouver Jésus pour Lui demander s’il pouvait rester auprès de Lui. Alors Jésus l’accueillit parmi Ses disciples. Jésus continua à cheminer le long du lac en direction de Magdala. Il trouvait partout des signes de la Toute-Puissance et de la Bonté de Dieu. Chaque fleur qui déployait ses pétales parfumés, chaque papillon multicolore qui jouait alentour, chaque petit animal qui croisait son chemin, parlait de la Volonté du Créateur qui voulait que la beauté régnât sur la Terre.

Seuls les hommes ne soupçonnaient aucunement l’Amour et la Grâce de leur Dieu et ne comprenaient pas le don qu’ils recevaient de Sa main. Un petit être humain, un enfant, aurait dû être le couronnement de la Création ; or, quel était l’aspect de la plupart des enfants ?

Il rencontra justement un petit groupe de garçons et de filles, et Il les observa. Comme leur visage était vieux, leur regard dur, leurs mouvements disgracieux ! Une immense pitié envahit le cœur de Jésus : que d’erreurs, héritées de leurs vies terrestres antérieures, adhéraient encore à eux !

Avec cette prise de conscience, Il comprit exactement le sens de Sa Mission : l’humanité allait obligatoirement se corrompre et dépérir bien avant que le Fils de l’Homme ne puisse Venir pour le Jugement. C’est pour cette seule et unique raison qu’Il avait été envoyé, afin d’empêcher la décadence précoce de l’humanité.

Se sentant attiré vers ces petits, Il leur proposa gentiment :

« Voulez-vous écouter une histoire, mes enfants ? »

Surpris, les enfants Le regardèrent. Personne ne leur avait sans doute encore parlé avec une telle bonté. Jésus s’assit sur une pierre, au bord du chemin, et Il attira à Lui l’un des garçons ; quelques autres suivirent, tandis que près de la moitié des enfants, serrés les uns contre les autres, restèrent au milieu de la route. Sans s’occuper apparemment des hésitants, Jésus commença à raconter, comme Il l’avait fait à la maison avec Ses frères et sœurs. Pour ces âmes enfantines, Ses paroles avaient encore leur charme d’autrefois : les petits écoutaient, les yeux brillants.

Leurs traits sans beauté se détendirent et devinrent charmants ; toute précocité anormale disparut. L’un après l’autre, les enfants quittèrent la route pour venir s’asseoir aux pieds de Jésus.

Seul un garçon, qui se tenait à l’écart depuis un bon moment, ne pouvait se décider à faire ces quelques pas. Il luttait visiblement avec lui-même, mais personne ne semblait faire attention à lui. Il se baissa soudain, ramassa une pierre beaucoup trop lourde pour ses mains d’enfant, et la lança maladroitement en direction de Jésus. Le projectile manqua son but, et le garçon qui l’avait lancé se sauva rapidement. Les autres enfants prirent peur ; quelques-uns se mirent à pleurer, une petite fille cria bien haut :

« Voilà un méchant garçon ! » Jésus la regarda et dit :

« Je crois que c’est un pauvre enfant qui ne sait pas ce qui est bon ou mauvais. Il faudra vous montrer aimables envers lui pour qu’il apprenne de vous ! »

Et Jésus continua Son récit comme si rien ne s’était passé. Mais Il vit le petit coupable s’approcher furtivement. Pas un seul instant Jésus ne pensa qu’il pourrait lancer une autre pierre.

Lorsque l’histoire fut terminée, Jésus expliqua aux enfants combien cela aurait été grave si la pierre avait touché l’un d’entre eux et combien le petit garçon en aurait été affligé. Il les invita à réfléchir à leurs actions et à ne pas faire sans retenue tout ce qui leur passait par la tête.

Tandis qu’Il parlait, Il entendit derrière Lui un léger sanglot, puis un bras d’enfant se posa sur Son épaule, un petit visage inondé de larmes se pressa contre le sien et une voix enfantine dit :

« Pardonne-moi, toi qui es bon ! »

Rempli de joie, Jésus se tourna vers le garçon repentant.

« Voilà qui est bien », dit-il au petit d’un ton encourageant.

« Lorsqu’on a fait du mal, il faut immédiatement essayer de le réparer.

Et maintenant, n’y pensons plus ! »

« Mais j’ai été plus méchant que tu ne crois », sanglota l’enfant. « J’ai lancé la pierre contre toi, parce que… parce que tu es si bon et si beau. »

Jésus s’effraya. Les ténèbres pouvaient-elles pénétrer aussi profondément dans un cœur d’enfant ? Mais Il fut aussitôt rassuré en pensant que le garçon avait lui-même avoué sa faute et ressenti combien il avait mal agi. Il devait encore être possible de l’aider.

Jésus prit la décision de se faire conduire chez ses parents. Lorsqu’Il s’informa du domicile du petit, toute la bande voulut L’accompagner.

Entouré de l’allégresse des enfants devenus confiants, Il s’approcha de la localité. On Lui indiqua une chaumière misérable et malpropre : c’était la maison des parents de Zadok.

« N’y entre pas, Seigneur, » dit une fillette un peu plus âgée que les autres, « tu salirais tes vêtements propres. »

Jésus allait répondre, lorsqu’une femme apparut sur le seuil ; d’un ton brusque, elle s’enquit de ce qu’il désirait. Les enfants, excepté Zadok, reculèrent. En constatant que Jésus voulait s’entretenir avec cette femme, ils se sauvèrent. Jésus demanda aimablement à boire.

La femme le regarda avec méfiance. « Il y a bien d’autres maisons meilleures que la mienne dans ce bourg. Pourquoi ne t’adresses-tu pas là ? Nous sommes pauvres. »

« Pas si pauvres que tu ne puisses me donner un gobelet d’eau. J’ai rencontré Zadok et je suis venu avec lui. »

« Alors, qu’il aille te chercher de l’eau », trancha la femme dont la méfiance grandissait.

Que lui voulait cet homme distingué ? Elle ne le quittait pas des yeux.

Zadok revint rapidement.

« Seigneur, l’eau est claire et bonne. J’ai lavé le gobelet. »

Jésus reconnut sa sollicitude et sourit à l’enfant. Puis, assoiffé, Il vida le gobelet et se tourna vers la femme qui se tenait toujours au même endroit.

« Ne pourrais-tu pas me donner un peu de pain plus tard dans la soirée, et peut-être aussi une couche pour la nuit ? » demanda-t-il avec douceur. « J’ai de l’argent et je peux te payer. »

Les yeux de Zadok se mirent à briller : le Seigneur qui était si bon voulait rester chez eux ! Il ne jugeait pas trop misérable pour lui la chaumière dont les autres enfants se moquaient toujours !

Mais la femme répondit sur un ton presque haineux :

« Cherche-toi ailleurs un gîte, puisque tu peux payer ! Nous avons la maison la plus misérable de tout le bourg ; elle n’est pas indiquée pour toi. »

« Mère ! » s’écria l’enfant d’une voix plaintive. Elle se tourna vers lui : « Que veux-tu ? » demanda-t-elle avec rudesse. « Tu vois bien que je ne veux pas recevoir cet étranger chez moi ! »

« Mère, maintenant tu agis exactement comme moi », dit Zadok en pleurant. « C’est parce qu’il est si clair et si lumineux que je me suis senti tellement pauvre et sombre à côté de lui et que je lui ai lancé une grosse pierre. »

« Tu as fait cela ? » gémit la mère, mais le garçon ne se laissa pas interrompre.

« Tu es comme moi, mère. Parce qu’il est si noble, tu as honte et tu le chasses de notre maison. »

Le visage de la femme changea. Ses traits mécontents s’adoucirent, ses yeux s’agrandirent, remplis d’étonnement, et soudain, elle se mit elle aussi à pleurer.

Jésus répéta alors Sa requête avec la même amabilité. Zadok Lui saisit la main et Le tira jusqu’à l’entrée de la maison. Quant à la femme, elle dit d’une voix entrecoupée par les sanglots :

« Seigneur, personne n’a encore été aussi bon que tu l’es envers moi. S’ils étaient tous ainsi, peut-être serais-je meilleure. Que soit bénie l’heure où tu entres dans notre maison, si tu veux bien t’en contenter ! »

En franchissant le seuil, Il pénétra dans une atmosphère malsaine et viciée. La pièce basse ressemblait plutôt à une écurie qu’à une demeure humaine. Il y faisait tellement sombre que l’hôte ne put d’abord rien distinguer. Mais la femme ouvrit une lucarne qui permit à l’air et à la lumière d’entrer à flots. Puis elle se mit immédiatement à ramasser les chiffons et les objets éparpillés à terre. C’est alors qu’une voix fatiguée se fit entendre dans un coin de la pièce.

« Que fais-tu, Taphat ? Je t’ai si souvent priée de mettre un peu d’ordre ici, et tu ne l’as jamais fait. Comment cela te vient-il à l’idée aujourd’hui ? »

La femme ne répondit pas, mais elle continua à s’affairer. Jésus s’approcha du coin où se trouvait une couche : Il y vit un homme amaigri, encore assez jeune, et très malade. Il lui saisit la main avec bonté et lui dit :

« Je dois te remercier d’avoir trouvé l’hospitalité chez toi. »

« Il y a bien longtemps que nous n’avons eu un hôte dans notre maison », dit l’homme d’un ton las. « Je crains que tu ne te plaises pas chez nous. »

Puis il raconta à Jésus qu’il avait eu un accident pendant son travail et qu’il était alité depuis des années. Sa femme devait travailler dans les champs des voisins pour gagner leur pain quotidien. En rentrant, elle était trop lasse pour s’occuper du ménage et elle avait perdu toute sa joie de maîtresse de maison. Zadok était donc livré à lui-même.

« Où est le petit ? » demanda-t-il inquiet. « N’est-il pas entré avec toi ? »

Jésus regarda autour de Lui et vit que la pièce offrait un tout autre aspect. Pendant ce court laps de temps, le zèle de la femme semblait avoir fait des miracles.

A ce moment-là, le garçon entra et, à l’appel de son père, il courut vers sa couche. Ses cheveux ruisselaient ; il était allé se laver à la fontaine. Surpris, le père regarda l’hôte qui était à l’origine de tout cela.

Sans se laisser troubler, Jésus continua à lui parler et à le questionner au sujet de Dieu. Il se trouvait que l’homme était instruit et bien versé dans les livres. Mais pendant sa longue maladie, dans sa grande misère, il avait oublié de penser à Dieu. Il l’avouait maintenant, tout honteux.

« Vois, mon ami, » dit Jésus, « tu blâmes ta femme qui, étant obligée de peiner pour subvenir à vos besoins, n’a pas enlevé la poussière et la saleté de votre foyer. Qu’as-tu fait d’autre ? Recouvert de poussière, le savoir de Dieu dort en toi parce que, à cause de tes souffrances, tu n’as plus eu une pensée pour le Maître de l’univers.

Dans sa sottise et son manque de réflexion, ta femme a banni l’air et la lumière, tout en sachant que c’était faux. De la même manière, tu as écarté la Lumière divine de ton lit de douleur et, avec elle, tout secours intérieur. Si tu avais dirigé tes pensées vers elle, tu aurais pu te reposer ici en paix et dans le calme, et apprendre ce que Dieu veut te dire par la maladie. Comme les psaumes auraient pu te consoler ! »

La femme invita Jésus à partager le repas avec elle et Zadok, et leur hôte s’approcha de la table, prit le pain et pria. Alors ils mangèrent, se réjouissant de ce maigre repas.

Jésus prépara Lui-même une petite écuelle avec du pain et du lait, et Il l’apporta au malade qu’Il trouva en larmes. Plus tard, Il récita un psaume, puis ils allèrent tous dormir.

Une couche propre avait été préparée pour Jésus dans un coin de la pièce ; la femme et son garçon dormaient apparemment à l’écurie.

Le lendemain matin, l’hôte était à peine réveillé que le malade l’appelait auprès de lui.

« Seigneur, j’ai réfléchi à tes paroles pendant toute la nuit. Je sais que tu as dit la vérité et, dès aujourd’hui, je veux commencer une vie nouvelle. Dieu me pardonnera peut-être et me permettra de trouver la grâce dont tu as parlé. »

« Dieu te pardonnera certainement si tu prends ce changement vraiment au sérieux », répondit Jésus avec bienveillance.

Il partagea encore un repas avec ces gens et prit congé. La femme Le remercia et promit de mieux s’occuper de son foyer.

Alors Jésus dit : « Je reviendrai dans quelques semaines et je verrai si vous avez tenu parole. »

Cela fut dit avec tant de bonté que l’homme et la femme, pénétrés de joie, promirent d’être toujours prêts à recevoir sa visite. Zadok gambada longtemps encore aux côtés de Jésus, promettant lui aussi de s’améliorer.

Quelques mois plus tard, Jésus frappait de nouveau à la porte de la chaumière. Une voix faible lui dit d’entrer. L’homme était seul, mais la pièce était aussi bien entretenue que le permettait la grande pauvreté de ces gens. Le visage du malade était paisible, ce qui montrait que dans cette maison on pensait à Dieu.

Une grande joie remplit le cœur du Sauveur. Il posa doucement Sa main sur le malade et pria avant de s’asseoir en silence à côté de sa couche.

Vers le soir, Taphat et Zadok rentrèrent des champs et ils saluèrent leur hôte avec une joie immense. Cela réveilla l’homme, qui se redressa et promena autour de lui un regard clair.

« Seigneur, je crois que ta prière m’a permis de guérir ! » dit-il tout étonné, et il ajouta avec gratitude : « Je me sens en bonne santé. »

Sur ce, il se leva et partagea le repas avec les siens.

« Tu pourras de nouveau travailler et gagner de l’argent », promit Jésus. « La Bonté de Dieu t’a aidé, ne l’oublie jamais ! »

Des le lendemain, la nouvelle du miracle s’était répandue partout. Quant à Jésus, Il reprit Sa route.

Il y avait déjà des mois que Jésus instruisait le peuple. Le nombre des curieux et de ceux qui cherchaient de l’aide augmentait chaque jour.

Jésus implora Dieu de Lui envoyer des aides pour Son œuvre éminente, et c’est parmi les hommes simples qu’Il trouva les premiers.

Le cœur pénétré de gratitude, ils L’avaient reconnu, tout comme la Vérité qu’Il apportait. De toute leur âme, ils désiraient pouvoir rester avec Lui et Le servir. L’ardeur au travail, un zèle ardent et infatigable, l’habitude d’une vie de privations : c’était là tout ce qu’ils apportaient, et pourtant ils allaient être les serviteurs de l’œuvre du Fils de Dieu !

Il ne fut pas facile pour Jésus de les accoutumer à une nouvelle façon de penser, d’adoucir leurs mœurs et leurs habitudes, d’éveiller leur connaissance des êtres humains et d’orienter leur ardeur au travail dans la bonne direction.

Jour après jour, Il poursuivait Ses pérégrinations avec eux et les instruisait afin qu’ils ne restent pas sans réponse devant ceux qui leur poseraient des questions. Dans leur grand désir d’aider, ils se précipitaient sur tous ceux qui venaient les trouver et n’adressaient à Jésus que ceux qui cherchaient une guérison. Ils ne comprenaient pas Ses avertissements discrets. Il s’efforça donc de les amener à la compréhension par l’expérience vécue.

Il avait jusqu’alors écouté leurs réponses et leurs exhortations afin de pouvoir intervenir lorsqu’ils se trompaient, mais Il se retira un jour du matin au soir en leur disant qu’Il avait besoin de repos. Ils se réjouirent de pouvoir Lui procurer ce repos.

Il les observa de loin. Ses quatre compagnons étaient foncièrement différents. Jean regardait la foule avec bienveillance et, d’un œil sûr, il trouvait ceux dont l’âme était oppressée. Il parlait avec eux d’une façon calme et presque fraternelle et ne renonçait pas avant que leur visage triste ne s’éclairât.

Pierre s’adressait indifféremment aux arrivants en les réprimandant avec des gestes brusques. Il n’avait aucune patience lorsqu’ils ne comprenaient pas immédiatement ce qu’il voulait dire, et c’est ainsi qu’il intimidait complètement les êtres faibles, sans toutefois s’en rendre compte.

Son frère André était différent. Il attendait que quelqu’un vînt à lui, puis il écoutait en silence ce que l’homme avait à demander ou à dire. Le plus souvent, cette occasion de s’épancher était déjà un pas en avant. Si cela ne suffisait pas, André essayait d’un cœur pur de dire ce qu’il pensait. S’il trouvait la tâche trop difficile, il envoyait à Jean celui qui s’interrogeait. Jésus sourit. Au cours de la journée, les cas de ce genre se multiplièrent. Malgré tout, dans son humilité silencieuse, la façon d’être d’André avait de la grandeur.

Quant à Jacques, le frère de Jean, il était tout autre. Il attendait lui aussi tranquillement ceux qui désiraient venir à lui, mais c’était alors un échange animé de propos et de répliques. Sa joie de vivre et son amabilité lui gagnaient facilement les cœurs. Plus que de nombreuses paroles, ses yeux lumineux aidaient bien des âmes tristes.

Le soir venu, alors que la foule s’était dispersée, Jésus rejoignit les siens qui avaient l’air fatigués et découragés. Il chercha avec eux une auberge pour y prendre leur repas du soir habituel, composé de pain et de vin. Il ressortit ensuite avec les quatre disciples et les invita à Lui raconter leurs expériences.

Pierre s’écria, véhément : « Seigneur, tu ne peux pas encore nous laisser seuls ! Nous ne comprenons encore rien ! Les hommes sont bien plus ignorants que je ne le croyais. Ils ne veulent pas comprendre, et tout nous manque pour les aider à comprendre ! »

Jésus regarda les autres en souriant : « En est-il vraiment ainsi ? Avez-vous ressenti la même chose ? »

« Je ne me suis pas aperçu que les hommes étaient plus ignorants que moi », dit André avec circonspection. « Bon nombre de leurs questions étaient trop difficiles pour moi et il a fallu que je prie Jean d’y répondre. Mais j’ai également constaté que nous n’étions rien sans Toi, Seigneur ! »

« Je n’ai pas trouvé les questions difficiles », dit Jean. « Dès que l’on savait ce que les hommes voulaient réellement, on pouvait facilement parler avec eux. J’ai pu en aider plus d’un, mais j’ignore évidemment si j’ai toujours dit ce qu’il fallait. »

« Et toi, Jacques ? » dit Jésus en se tournant vers lui.

« Je ne sais pas si les gens étaient ignorants ou intelligents, j’ai seulement ressenti une grande pitié pour eux tous. Chacun avait sa peine ; je n’ai pas pu les aider, mais j’ai réussi à les rendre un peu moins tristes. »

Jésus laissa à dessein s’écouler un certain laps de temps après leurs explications. Il s’apprêtait à prendre la parole lorsque Pierre Le devança.

« Il me semble que c’est Jacques qui a le mieux agi de nous tous, et moi le plus mal ! » s’écria-t-il franchement. « Rendre quelqu’un heureux, c’est déjà beaucoup, mais moi je n’ai fait que tempêter et gronder, et je me suis emporté à cause de leur ignorance. »

« Rendre quelqu’un heureux au point qu’il oublie ses soucis pour un certain temps, c’est beaucoup, » dit Jésus en reprenant les paroles de Pierre, « mais il faut que cette joie jaillisse de l’âme, sinon elle ne sert à rien. Je crois, Jacques, qu’ils ont pu trouver cela auprès de toi. »

Peu après, Jésus reprit :

« La journée d’aujourd’hui vous a-t-elle appris quelque chose ? » Ils s’empressèrent d’acquiescer d’un signe de tête. Jean, cependant, dit : « Seigneur, je crois que nous avons compris que nous ne savons rien encore et qu’il nous faudra montrer plus de réserve à l’avenir. »

« Alors la journée n’a pas été perdue », approuva le Seigneur avec bonté.

Puis Il leur dit d’interroger les arrivants sur ce qu’ils désiraient au lieu d’essayer de répondre à tout par eux-mêmes et sans discernement.

Ils apprendraient de mieux en mieux à résoudre toutes sortes de questions et à comprendre les autres. Dans la mesure où ils recevraient eux-mêmes des dons, ils pourraient les transmettre, mais pas avant.

A présent, ils comprenaient leur Seigneur et ils saisissaient ce qu’Il leur avait bien souvent déjà dit en d’autres termes, sans qu’ils aient pu le comprendre.

Dès le lendemain, cet enseignement porta ses fruits. Les aides s’informèrent aimablement de ce que voulaient ceux qui affluaient ; ils les répartirent en différents groupes qu’ils se partagèrent ou qu’ils dirigèrent vers Jésus. Ce fut un travail plus joyeux, plus conscient qu’auparavant, et tous furent comblés de joie.

D’autres aides s’étaient présentés avec le temps ; ils avaient demandé à être du nombre de ceux qui accompagnaient Jésus. Le Seigneur dut refuser à certains d’accéder à leur requête. Il voyait très nettement que la flamme qui semblait brûler en leur âme n’était qu’un feu de paille vacillant qui s’éteindrait bientôt tout seul.

Pour d’autres, c’était l’attrait de la nouveauté qui motivait leur demande. Dès que la vie avec Jésus leur serait devenue familière, ils demanderaient à repartir. Jésus devait les écarter malgré leur prière particulièrement insistante. Il savait que plus les hommes le demandaient avec véhémence, moins ils étaient aptes à Le suivre.

Un jour, un homme richement vêtu se trouvait dans la foule qui entourait Jésus. Il ne passait pas inaperçu ; ses traits étaient beaux mais très accusés, sa démarche altière, son regard perçant et pour ainsi dire aux aguets. Lorsque Jean lui demanda quel désir l’avait amené, il répondit brièvement : « Aucun. »

Ayant entendu la réponse, Pierre dont le sang bouillait facilement demanda, agacé : « Alors, pourquoi es-tu venu ici ? »

« Parce que je veux voir et entendre votre Maître », lui répondit alors l’étranger.

Pas une seule fois il ne s’approcha de Jésus, mais il se trouvait toujours à portée de voix et il observait avec une extrême attention ce que faisait et disait le Seigneur.

Au soir du septième jour, Ses aides parlèrent à Jésus de cet homme insolite. Il l’avait Lui aussi remarqué.

« Pourvu que ce ne soit pas un espion ! » dit André, et l’inquiétude perçait dans sa voix.

« Pour qui espionnerait-il ? » interrogea Jésus avec bonté. « Nous n’avons rien à cacher. Si vous craignez cela, vous serez constamment soucieux, car nous ne connaissons pratiquement aucune des nombreuses personnes qui viennent à nous. »

« Je me sens mal à l’aise en sa présence, mais j’en ignore la raison », affirma Jean, et Jacques s’empressa d’acquiescer.

Pierre se taisait. Jésus le regarda, étonné. Il était habituellement le premier à parler.

« Eh bien, Pierre, que penses-tu de cet homme ? » dit Jésus pour L’encourager.

« Seigneur, je ne sais pas. Je me sens à la fois attiré vers lui et repoussé. Je ne sais pas encore ce qui l’emportera », rétorqua Pierre tout songeur.

« Il en est de même pour moi », dit Jésus. « Jamais un homme n’a autant accaparé mes pensées. Attendons qu’il nous parle. »

Cela se réalisa dès le lendemain. Lorsqu’une occasion propice se présenta, l’étranger s’avança adroitement vers Jésus et Lui adressa la parole en ces termes :

« Maître, je vois que tu es différent de tous les hommes. Je sais que tu es un grand prophète, car qui d’autre qu’un prophète pourrait faire les miracles que tu accomplis ? »

Jésus l’écouta patiemment et ne le quitta pas des yeux. Après beaucoup d’autres éloges, l’homme émit finalement cette requête :

« Seigneur, laisse-moi venir avec toi ! »

« Que veux-tu dire par là ? » interrogea Jésus.

Étonné, l’homme le regarda.

« Exactement ce que je dis. Je voudrais partir avec toi pour t’entendre parler afin de savoir en quoi consiste ton enseignement. »

« Ne le sais-tu pas encore ? Tu m’as écouté parler pendant bien des jours, cela n’est-il pas suffisant pour te montrer la Vérité ? »

L’homme se troubla.

« Je cherche la Vérité, mais je veux être tout à fait sûr. Je ne veux pas me tromper, ni me laisser tromper. Permets que je te suive encore un court laps de temps ! »

« Si tu te mêles à la foule comme tu l’as fait jusqu’alors, je n’y vois pas d’inconvénient », dit Jésus gravement. « Mais tu ne dois pas te joindre à mes aides. Tu nous gênerais dans nos conversations privées. »

Avec un geste de dépit, l’homme rejeta la tête en arrière ; son orgueil était profondément blessé. Quant aux disciples, ils se réjouirent de la réponse de leur Seigneur.

Des jours durant, l’homme dont personne ne connaissait le nom réapparut dans la foule. Et Jésus parla de l’orgueil et de la fierté, de la suffisance et de la vanité ; Il espérait enfin toucher l’âme de ce chercheur, car on voyait toujours plus nettement que l’homme cherchait.

Un jour, Jésus parla du Messie annoncé, de l’espoir des Juifs. Les yeux de l’étranger se mirent à briller. Ses traits étaient comme transfigurés, ils avaient perdu toute dureté. Il s’empressa de se pencher vers Jean, qui était le plus proche de lui, et demanda :

« Est-ce Lui ? »

Jean secoua la tête. Il n’avait à vrai dire pas compris la question. Quant à Jésus, Il lança à l’homme un regard qui toucha son âme.

Lorsque les gens se furent dispersés, l’étranger vint à nouveau trouver Jésus ; cette fois, son attitude était différente.

« Seigneur, dis-moi qui tu es ! » supplia-t-il, mais il ne laissa pas à Jésus le temps de répondre et il continua : « Tu dois être le Messie ! Je crois que j’ai trouvé la Vérité. »

Jésus sourit avec bonté, et lorsque l’homme renouvela sa prière avec insistance, mais avec humilité, Jésus l’exauça. Pour commencer, il pourrait l’accompagner avec Ses aides afin de s’instruire. Et l’homme en fut satisfait.

« Dis-nous ton nom à présent, » demanda Jésus, « afin que nous sachions comment t’appeler. »

« Je suis Judas, dit Ischariot », répondit l’homme qui, de nouveau, manifesta une certaine fierté en prononçant son nom. « Je suis d’une noble et riche famille juive et j’ai fréquenté de bonnes écoles. Toutefois, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais », ajouta-t-il. « Ce n’est qu’auprès de toi que j’ai trouvé la réponse à mes questions et à l’aspiration qui est en moi. »

Les aides étaient consternés de la décision de Jésus. Bien sûr, l’homme leur paraissait aujourd’hui plus digne d’Amour qu’auparavant, mais ils éprouvaient la même inquiétude que Pierre : quelque chose en lui les repoussait. Cependant, Jésus les pria de l’accueillir aimablement.

Judas était autorisé à être souvent auprès de Jésus, à Lui rendre toutes sortes de menus services, et surtout à écouter lorsqu’Il parlait à ceux qui avaient besoin d’aide. Par la suite, il lui arriva fréquemment de s’informer du sens exact de Ses paroles et, à cet égard, il différait beaucoup des autres compagnons de Jésus.

Jean, que cela avait frappé comme tous les autres, demanda un jour :

« Seigneur, comment se fait-il que Judas ait toujours des questions à poser ? Il est pourtant bien plus intelligent que nous, qui croyons toujours Te comprendre très exactement lorsque Tu parles. »

Jésus le regarda avec bonté :

« Vois-tu, Jean, vous accueillez mes paroles avec l’intuition. Vous ressentez en votre âme que ce que je dis est la pure Vérité. Et c’est bien ainsi. Mais Judas est différent. Il a étudié plus que vous et il a donné la première place à son intellect. Il examine et pèse d’abord avec l’intellect tout ce que je dis avant de l’accepter. C’est pourquoi il doit sans cesse poser des questions. »

Jean était d’humeur renfrognée.

« Seigneur, un tel homme ne devrait pas être parmi nous », dit-il presque en grognant. « Pourquoi tolères-Tu qu’il nous accompagne ? »

« Jean, où est ta confiance ? » lui rappela Jésus avec un léger reproche dans la voix. « Les hommes qui viennent à moi seront toujours différents, et plus différents encore seront ceux qui voudront se regrouper autour de ma Parole lorsque je ne serai plus sur cette Terre. Il faut aussi qu’il y en ait parmi vous qui examinent tout avec l’intellect afin de pouvoir comprendre et instruire ceux qui sont du même genre qu’eux. Judas a la volonté sincère d’accueillir la Vérité et de me servir. Il apprendra à donner à l’intellect la place qui lui revient. »

Jean remercia, puis il rejoignit les autres pour leur rapporter ce qu’avait dit Jésus, et ils eurent honte de leur intolérance.

Vint alors le jour où, parmi tous ceux qui étaient autorisés à L’accompagner, Jésus choisit les douze qui devaient L’entourer constamment en tant qu’aides et disciples étroitement unis à Lui.

Et personne ne s’étonna plus que Judas comptât parmi les douze ; ils s’y étaient attendus et avaient appris à comprendre et à aimer ce compagnon d’une nature si différente de la leur. Lui-même était profondément ému. Jusqu’au dernier instant, il n’avait pas osé espérer que Jésus, qui semblait hésiter entre Nathanaël et lui, finirait par le choisir. À quelles circonstances devait-il cette faveur ? Il s’isola et s’interrogea à ce sujet, mais en vain.

Le soir, il demanda un entretien au Maître. Il lui fut accordé, comme c’était toujours le cas lorsque l’un des douze venait avec une requête particulière. Jésus savait à l’avance ce que Judas voulait Lui demander, mais celui-ci devait s’en faire une idée plus claire en formulant sa question. C’est pourquoi Il ne lui vint pas en aide.

« Rabbi, » commença Judas en hésitant, « comment se fait-il que Tu m’aies donné la préférence sur Nathanaël que Tu aimes ? »

« Est-ce que je ne t’aime pas, Judas ? » répondit Jésus. « Il me semble que mon Amour est le même pour chacun de vous. Je veux vous aider tous, je veux tous vous conduire vers Dieu. »

« Mais je Te cause tant de tracas, je le sais », insista Judas, toujours aussi déconcerté.

« Si tu t’en aperçois et si tu le ressens vraiment, cela ira bientôt mieux pour toi », dit Jésus pour le consoler. « Judas, que deviendrais-tu si je t’abandonnais à présent ? Ton âme a trouvé le chemin vers moi, mais elle hésite encore. Laisse-la s’affermir en servant, et tu pourras accomplir de grandes choses. »

Or, Nathanaël n’avait même pas remarqué que Jésus avait pensé à lui. Dans sa grande modestie, il ne s’attendait pas à être admis dans le cercle des disciples. Il suivait joyeusement son chemin avec Jésus, il Le servait, ainsi que les disciples, et aidait en toute occasion. Plus tard, il fut admis parmi les soixante-douze messagers formant le cercle extérieur des fidèles qui entouraient Jésus.

Un gros orage éclata au-dessus du lac. L’ouragan semblait venir de tous les côtés à la fois. Partout, des éclairs jaillissaient presque en même temps et le tonnerre grondait sans interruption.

Les disciples se hâtaient afin d’atteindre une maison avant qu’il ne plût à torrents. Certains d’entre eux avaient peur ; ils n’étaient pas rassurés au milieu des éléments déchaînés.

Cependant, Jésus s’arrêta sur une petite colline qui se trouvait sur leur route. Les mains légèrement jointes, fasciné, Il regardait les vagues déchaînées, les arbres qui ployaient sous le vent et les tourbillons de sable qui s’élevaient par moments.

« Les serviteurs de Dieu sont à l’œuvre », dit-Il calmement. « Ils nettoient l’atmosphère. »

Quelques grosses gouttes se mirent à tomber, et les disciples prièrent Jésus de se hâter de se mettre à l’abri. Il se conforma à leur désir, bien qu’il eût préféré rester dehors, d’autant plus que la pluie subite qui tombait à présent avec violence faisait retomber la poussière et formait sur l’eau d’étranges figures.

Ils étaient assis dans une chaumière dont les habitants étaient apparemment sortis. Et l’un d’eux demanda : « Tu as dit : “Les serviteurs de Dieu sont à l’œuvre.” Que veux-Tu dire par là, Seigneur ? »

Jésus répondit : « Ne connais-tu pas le psaume : “Toi qui transformes Tes anges en tempête et Tes serviteurs en flammes ardentes” ? Par ces paroles, David a énoncé la même chose que ce que je viens de dire. »

« Je n’ai jamais compris ces paroles », avoua Thomas d’un ton qui disait clairement : explique-moi !

Jésus exauça obligeamment sa requête et dit que tout ce que les hommes appellent « la nature » comporte une foule de serviteurs du Tout-Puissant. Ils exécutent Sa Volonté et accomplissent Ses Lois en tout.

Ils en avaient déjà entendu parler, mais jamais encore ils n’avaient pu s’en faire une idée. Tout à coup, l’orage ne leur sembla plus terrible, mais grandiose, car ils y avaient reconnu l’activité des serviteurs de la Volonté divine.

Et tandis qu’ils parlaient, un violent coup de tonnerre retentit. Ils en furent comme abasourdis. Des cris stridents provenant de voix humaines se mêlèrent au déchaînement de la nature. Jésus sortit sur le seuil de la chaumière et appela les disciples. Non loin d’eux, une propriété était en flammes ; la foudre y avait mis le feu.

« Seigneur, » bégaya Thomas bouleversé, « est-ce que les serviteurs de Dieu ont également fait cela sur Son ordre ? »

« N’avons-nous pas entendu qu’ils ne faisaient rien sans la Volonté de Dieu ? » répondit précipitamment Judas. « Donc, Il faut bien qu’Il ait voulu cela également. » Les paroles étaient exactes, mais le ton qui vibrait en elles prouvait que leur auteur ne les ressentait pas en son for intérieur. Jésus leva les yeux et dit à voix basse afin que personne ne l’entendît :

« Père, si seulement je pouvais leur donner une preuve pour qu’ils puissent croire ! »

Puis Il invita les disciples à L’accompagner jusqu’à la maison en flammes. La pluie avait cessé ; peut-être pourraient-ils apporter leur aide ? Mais lorsqu’ils arrivèrent, il n’y avait plus rien à faire. Le feu avait tout dévoré, et les flammes s’éteignaient d’elles-mêmes. À en juger d’après l’ampleur de l’incendie, la propriété devait être importante. Des voisins serviables se tenaient par petits groupes entre les poutres calcinées et les objets à moitié brûlés. Un peu à l’écart, les yeux vides, un homme regardait droit devant lui. Une femme était assise à ses pieds et pleurait éperdument. Un chien essaya de se blottir contre elle, mais elle l’écarta doucement.

Jésus se dirigea vers eux avec bienveillance. Il était désolé de les voir tellement isolés dans leur malheur. Mais lorsqu’Il voulut adresser la parole à l’homme, celui-ci releva brusquement la tête : « Étranger, passe ton chemin sans t’occuper de moi. Je ne subis que ce que j’ai mérité ! »

« Que veux-tu dire par là, mon ami ? » demanda Jésus avec bonté, tandis que les disciples tendaient l’oreille et retenaient leur souffle.

L’homme se tut. Il ne semblait pas disposé à parler. Jésus ne voulut pas insister, bien qu’Il sentît que l’exemple demandé à Dieu pour les disciples était là.

Il fit demi-tour et dit en prenant congé :

« Si tu sais que tu ne souffres pas injustement, fais en sorte que ta douleur se transforme en bénédiction. »

Alors la femme releva la tête et regarda fixement celui qui parlait : « Seigneur, que dis-tu ? La douleur transformée en bénédiction ? Est-ce possible ? »

« Sinon, quel serait le but de la souffrance ? » demanda Jésus avec insistance. « Dieu ne punit pas pour le plaisir de punir, mais pour que les hommes apprennent et se corrigent. S’ils agissent dans ce sens et deviennent meilleurs, la bénédiction descendra à nouveau sur eux. C’est ce que je vous souhaite. »

Au ton singulier dont furent prononcées ces dernières paroles, tous se rendirent compte que ce souhait du Maître était déjà une bénédiction. À présent, l’homme et la femme ne voulaient plus Le laisser partir.

L’homme, si renfermé jusque-là, insista avec véhémence pour raconter son histoire ; elle était triste.

Il s’était approprié injustement la maison et ses dépendances. Aux yeux de son prochain, il pouvait se justifier, bien que des soupçons ne cessent de s’élever contre lui. Mais sa conscience le tourmentait et l’empêchait d’être heureux. Sa femme ne savait rien de ses méfaits ; cependant, petit à petit, les paroles des voisins et le changement qui s’était produit chez son mari lui avaient donné l’éveil. Aujourd’hui, au moment où l’orage avait éclaté, elle lui avait demandé des explications et avait déclaré ne pouvoir rester plus longtemps à ses côtés s’il n’avouait pas qu’il avait mal agi. S’il avait commis une faute, il devait le reconnaître : elle essaierait alors de la réparer avec lui. Elle pourrait tout supporter, tout plutôt que cette incertitude qui la torturait.

« Mais je n’ai pas pu m’humilier devant elle », poursuivit le narrateur. « J’ai cru que si je niais énergiquement, elle se calmerait. Peut-être aurais-je alors pu commencer à réparer ma faute en cachette ? Alors elle me cria : “Dieu dans le ciel sait ce que tu as fait ! À Lui, tu ne peux rien cacher.” Mais le mal s’empara de moi et je répondis : “S’il y a un Dieu et s’Il sait que j’ai mal agi, la foudre tombera sur cette maison.” J’avais à peine fini ma phrase que le feu tombait du ciel. »

Tous avaient écouté, bouleversés. Et l’homme continua :

« Que le bien mal acquis soit perdu, je ne m’en plains pas. Je suis jeune et je peux travailler à le remplacer pour celui que j’ai trompé. Ma femme m’y aidera et nous vivrons en de meilleurs termes que ces dernières années. Mais que j’aie blasphémé contre Dieu, voilà ce que je ne pourrai plus jamais effacer. C’est ce qui me poussera au désespoir. »

Et il se détourna en gémissant.

« Tu ne peux pas l’effacer », dit alors la voix douce de Jésus, et cette voix semblait être un secours envoyé par le Ciel au milieu de tant de misère. « Tu ne peux pas l’effacer, mais tu l’as avoué et tu t’en repens. Or, Dieu se réjouit de tout pécheur qui fait pénitence. Prends ton fardeau terrestre sur toi et rachète-le avec zèle. Sache que Dieu te déliera de la faute dont tu t’es chargé à Son égard. »

« Seigneur, que dis-tu ? » bégaya l’homme à peine maître de lui. « Dieu, le Très-Haut, pourrait-Il pardonner un tel blasphème ? »

« Il est pardonné, mais ne t’en charge pas à nouveau en repensant à ce jour de façon superficielle. Saisis la main de Dieu, laisse-toi conduire par elle, et le bonheur naîtra de cette souffrance. »

La pluie avait cessé ; des voisins curieux s’approchèrent pour surprendre ce que l’étranger avait à dire à cet homme. Alors Jésus prit congé d’eux et reprit Sa route avec les disciples. Pendant longtemps, tous restèrent silencieux. Cette réponse de Dieu à leur question les avait profondément touchés. Jésus remercia le Père du fond du cœur ; Il se réjouissait pour les disciples.

Finalement, Jean prit la parole :

« Nous non plus, nous n’oublierons pas ce jour. Il sera une bénédiction pour nous aussi, Seigneur ! »

Un autre jour, avec les douze qu’Il avait choisis, Jésus rechercha la solitude pour les instruire.

Il parla du Manoir du Dieu éternel, qui se dresse au-dessus de tous les cieux et où tout n’est que sainteté. Et tandis qu’Il parlait, Il éprouva l’immense désir de pouvoir séjourner à nouveau Là-Haut. Ses paroles se faisaient de plus en plus vibrantes, elles laissaient deviner toujours davantage cette splendeur, et Son visage rayonnait comme les disciples ne l’avaient encore jamais vu rayonner. Une grande clarté le transfigurait, de sorte que Jésus semblait se trouver au milieu d’une Lumière surnaturelle. Ses yeux brillaient d’un bleu merveilleux.

Fascinés, les disciples ne quittaient pas leur Maître des yeux ; ils ne perdaient pas une seule de Ses paroles, sans toutefois Le comprendre. Elles leur semblaient merveilleuses à entendre, mais dès qu’ils voulaient les saisir avec leur intellect, leur âme n’en ressentait plus la beauté. Quelle en était donc la raison ?

Certains méditèrent sur ce problème et s’égarèrent tellement qu’ils n’entendirent plus ce que Jésus continuait à leur dire. Les autres, et tout particulièrement Jean, chassèrent toute pensée intellectuelle et, l’âme largement ouverte, ils écoutèrent. Ils comprirent que Jésus leur parlait de Sa Patrie lumineuse et qu’Il voulait leur donner quelque chose pour enrichir leur vie.

Ils s’interdisaient le moindre bruit pour ne pas Le déranger. Mais soudain, Il se tut. Lentement, l’éclat se ternit. Jésus se leva et fit seul un bout de chemin. Ils connaissaient Ses réactions : Il voulait alors être vraiment seul avec Lui-même, personne ne devait L’accompagner. Il ne s’éloignait jamais beaucoup et Il revenait une fois qu’Il était parvenu au terme de Ses réflexions.

Les disciples se mirent à parler à voix basse de ce qu’ils venaient d’entendre. Devait-on se représenter le Royaume céleste comme un manoir, comme une maison ? Y avait-il de nombreuses pièces à l’intérieur ? Non, mais des salles infiniment vastes. Et auraient-ils eux aussi le droit d’habiter un jour dans cette maison ?

« Non, » objecta Jean, « Jésus n’a pas dit cela. Il a dit que Son Père avait encore pour nous d’autres demeures où il nous serait permis d’entrer un jour. Dans ce merveilleux Manoir, Il habite seul avec Son Fils. »

Et plus ils discouraient, plus le caractère céleste et surnaturel du récit de Jésus disparaissait. À présent, ils pouvaient très bien se représenter tout cela ; ils le comprenaient, car ils l’avaient rabaissé au niveau de leur propre entendement.

Lorsque, longtemps après, Jésus les rejoignit, ils Le regardèrent, les yeux brillants. Malgré tout, Il se rendit compte de ce qui s’était passé et s’en affligea. Il aurait tant aimé parler aux siens de la Lumière dont Il était issu, mais ils ne pouvaient s’empêcher de tout adapter à leur propre niveau de compréhension. Il fut content que plus personne ne Lui posât de questions à ce sujet ; il Lui aurait été pénible de devoir ajouter des explications à Ses paroles.

Par un ciel clair, ils longeaient un jour des champs ondoyants et des jardins fleuris. Le paysage était ravissant, mais la route était poussiéreuse, et les disciples remarquaient davantage la poussière qui se trouvait à leurs pieds que la beauté environnante.

Quant à Jésus, Il regardait autour de Lui, se réjouissant de la splendeur des couleurs. Comme d’habitude, Il marchait au milieu du groupe. C’est alors qu’Il s’aperçut de l’humeur maussade et du mutisme des disciples qui le précédaient. Il se retourna et vit le même tableau.

Il les interpella avec bonté :

« Admirez donc les fleurs des champs ! »

« Seigneur, c’est de la mauvaise herbe ; elle ne sert à rien et ne fait qu’abîmer le blé ! » fit remarquer Judas, tout étonné que Jésus ne le sût pas.

« Judas, appelles-tu mauvaise herbe ce que mon Père a créé en une telle beauté ? » s’exclama Jésus. « Regarde les fleurs : chacune est parfaite en son genre. Quand les mains humaines seront-elles assez adroites pour former quelque chose de semblable ? Mais si elles sont trop insignifiantes pour toi, observe les jardins : là aussi poussent des fleurs d’une splendeur parfaite ; elles exhalent leur parfum et réjouissent les sens des humains. Ce sont les messagères de Dieu, elles parlent de l’Amour éternel qui ne veut pas que l’être humain fixe uniquement son regard sur la poussière de la route. »

Les disciples comprirent ce qu’Il voulait leur dire et ils relevèrent la tête, honteux qu’un avertissement eût d’abord été nécessaire.

Mais Jésus poursuivit :

« Les fleurs annoncent Dieu ! Hommes, regardez combien est merveilleuse la Création que Dieu fit naître pour vous ! Appréciez ce qui est beau, aimez-le, prenez-en soin, et vous aussi vous redeviendrez beaux aux yeux de Dieu. » Il continua à parler de toute la beauté qui les entourait, des oiseaux et des scarabées, des étoiles et des nuages. Et soudain, leurs yeux s’ouvrirent. Joyeux comme des enfants, ils se rendaient mutuellement attentifs à ce qu’ils découvraient.

Une petite fille se tenait à la porte d’un jardin. Elle ne prêtait aucune attention aux étrangers. Heureuse, oubliant tout, elle contemplait un groupe de poussins qui picoraient et grattaient la terre à ses pieds.

« Que vous êtes beaux ! » s’écriait-elle sans cesse, et sa petite voix s’enrouait presque d’allégresse.

« Regardez, » leur dit Jésus, « c’est ainsi que vous devriez être : insouciants comme cette enfant ! Vous avez tous bien des choses à apprendre d’elle. »

Un jour de sabbat, Jésus sortait du temple d’un petit bourg en compagnie des siens. C’était un édifice sans prétention, mais il semblait entouré d’une solennité particulière.

Jésus l’avait senti en y pénétrant. Il avait regardé autour de Lui avec bienveillance et avait salué le vieux prêtre qui s’était réjoui que quelqu’un de plus jeune se chargeât de lui épargner la fatigue de la lecture et des explications du jour.

Jésus lut donc le passage d’Isaïe qu’ils savaient tous par cœur depuis leur jeunesse. Sur Ses lèvres, ces paroles bien connues résonnèrent de façon merveilleuse :

« Il ne brisera pas le roseau foulé et n’éteindra pas la mèche qui brûle faiblement. Il enseignera la Justice selon la Vérité. »

Jésus n’avait lu que ces quelques mots, et non le chapitre entier comme c’était l’usage. Il ferma le livre, le remit au serviteur du temple et dit :

« Ne dirait-on pas que le prophète a dit ces mots tout spécialement pour vous, habitants de Bethsaïde ? Vous êtes fatigués et vous vous languissez du Sauveur qui fortifiera vos cœurs et relèvera vos âmes. Mais s’Il était parmi vous, vous ne Le reconnaîtriez pas et vous passeriez dédaigneusement auprès de Lui, car vous avez appris qu’Il viendrait en grande pompe et vous vous attendez à ce qu’Il soit roi sur la Terre.

C’est ainsi que vous attendez Celui qui vous est annoncé pour plus tard et que vous négligez Celui que la Miséricorde divine vous envoie auparavant pour que vous ne périssiez pas avant la venue du Justicier. »

Intentionnellement, Jésus marqua une pause. On pouvait entendre le souffle d’une attente emplie d’espoir. Personne ne se serait laissé vaincre par sa grande fatigue. Captivés, tous les yeux fixaient l’orateur. Les disciples eux-mêmes tendaient l’oreille comme s’ils entendaient quelque chose d’entièrement nouveau.

« Lorsque vous lisez les prophéties de vos anciens prophètes, vous ne pouvez qu’être frappés qu’ils disent : Celui qui doit venir apparaîtra sur les nuages dans le faste et la splendeur, entouré d’anges, alors qu’en d’autres circonstances ils le décrivent comme étant simple et humble.

Êtes-vous donc complètement aveugles, vous les hommes ? Si je vous disais qu’un prince va venir chez vous, vous vous prépareriez, et si le lendemain je décrivais Celui qui vient comme un être tout simple, ne croiriez-vous pas qu’il s’agit de deux personnes entièrement distinctes ? Vous ne pourriez pas interpréter mes paroles autrement. Vous diriez : ce sont donc deux personnes qui veulent être nos hôtes ! En effet, c’est bien ainsi que vous parleriez si vous écoutiez votre intuition en toute simplicité.

Mais lorsque vous lisez les passages des prophètes qui renferment des indications différentes, vous en tournez et retournez le sens jusqu’à ce qu’ils ne se rapportent plus qu’à une seule et même personne.

Il est donné aux prophètes de prévoir bien des choses, Dieu les a inspirés pour qu’ils annoncent les événements à venir et vous en instruisent. Ils ont vu qu’un Fils de Dieu viendrait pour le Jugement afin de punir le monde ou de le délivrer des chaînes du Malin, selon ce qu’il aura mérité. Mais ils ont vu aussi que ce monde sombrait si rapidement que le Fils de Dieu ne trouverait plus rien à juger ou à sauver si la miséricorde divine n’y mettait pas un terme.

C’est ainsi qu’il leur fut permis de voir que Dieu enverrait un Fils apporter la Lumière au monde qui était en train de se perdre. Il s’agit de l’autre Fils, de Celui que vous négligez dans votre manque d’attention. À présent, le temps de ce Fils de Dieu est arrivé, mais vos yeux ne veulent pas Le voir, vos oreilles se ferment à Ses paroles. Hommes, comment dois-je vous le dire de façon plus pressante encore : le Royaume des Cieux, tel que Jean l’a annoncé, est arrivé ! Ouvrez largement votre cœur afin que Dieu puisse dessiller les yeux de votre esprit ! »

Les paroles de Jésus avaient déferlé sur eux comme un ouragan. Jamais encore ils n’en avaient entendu de pareilles, mais peu nombreux étaient ceux dont l’âme en fut pénétrée. Pour la majorité, ce n’étaient là que des sons qui continuèrent à vibrer pendant quelque temps autour d’eux, et peut-être aussi en eux, mais qui finirent ensuite par se perdre.

Le vieux prêtre faisait partie des rares personnes qui avaient écouté avec leur âme. Bouleversé, il s’approcha de Jésus, qui était sorti du temple, et Le pria de ne pas partir tout de suite.

« Seigneur, ce que tu dis est la pure Vérité ! Mais nous ne l’avons jamais entendue de cette façon. Ceux qui nous ont instruits l’ont présentée autrement, et nous l’avons transmise comme nous l’avons reçue. Maintenant, je comprends : nous devons attendre à deux reprises l’arrivée d’un Messie. »

Certains des disciples interrompirent le vieillard : « N’as-tu pas entendu Jésus dire que le temps du Fils de Dieu était arrivé, qu’Il séjournait parmi nous ? »

Le prêtre tout confus les examina l’un après l’autre.

« S’il en est ainsi, si c’est vraiment ce que Jésus a voulu dire, alors… alors le Fils de Dieu doit déjà être sur Terre ! Où est-Il ? »

Le vieillard avait parlé de plus en plus fort, il avait crié cette question. Le silence lui répondit, mais ce n’était pas un silence embarrassé ou évasif, il renfermait au contraire une promesse.

Incrédules, interrogateurs, ses yeux allaient de l’un à l’autre. Puis ils se fixèrent sur Jésus. Ce fut comme si une vague de chaleur inondait le vieux prêtre. Tout à coup, il eut la réponse à sa question. Il se jeta aux pieds de Jésus.

« Mon Dieu et mon Seigneur ! »

Il ne put en dire davantage. Avec bonté, Jésus lui prit la main et le conduisit vers un siège.

Jésus passa toute la journée avec les siens dans la modeste demeure du prêtre, qui resta dans le souvenir de tous comme un temple rayonnant de Dieu.

Et, après avoir montré clairement au vieillard la façon dont les prophètes L’avaient annoncé comme étant Celui qui devait venir de par la miséricorde de Dieu, Jésus parla aussi de Celui qui viendrait après Lui pour le Jugement.

« Il s’appellera le Fils de l’Homme. Il est le Roi de tous les mondes, et chaque univers Lui sera soumis ! »

Le vieillard le comprit, mais les disciples posèrent à nouveau de nombreuses questions qui prouvaient clairement qu’ils n’avaient pas saisi que Jésus et Imanuel annoncés par les prophètes étaient deux êtres distincts.

Jésus les regarda avec mélancolie et dit doucement :

« Que vous me rendez las ! Je dois toujours répéter la même chose parce que vous êtes incapables de me comprendre. »

Un des docteurs de la loi, nommé Nicodème, avait vu le rayonnement qui émanait de Jésus, et il avait ressenti Sa Force ; cela ne le laissa pas en paix, si bien qu’il se leva la nuit de sa couche et se rendit auprès de Jésus.

« Maître, » lui dit-il, « je sais que Tu es envoyé par Dieu. Personne ne peut faire ce que Tu fais, à moins que Dieu ne soit avec lui. Dis-moi, que dois-je faire pour gagner le Royaume de Dieu ? »

Jésus le regarda et vit qu’il prenait sa question au sérieux, mais Il vit aussi que Nicodème était encore pris par ce qui était ancien. Alors Il lui répondit :

« En vérité, je te le dis, si tu ne nais pas à nouveau, tu ne pourras pas entrer dans le Royaume de Dieu ! »

Comme Nicodème ne comprenait pas cette réponse, Jésus ajouta :

« C’est en esprit que tu dois renaître. Votre corps, qui est né dans la chair, doit disparaître comme tout ce qui est terrestre. Votre esprit, lui, aspire à entrer dans l’éternité. Mais s’il ne devient pas fondamentalement nouveau, vous ne pourrez parvenir au Royaume de Dieu. »

A présent, Nicodème commençait à pressentir ce que signifiait la réponse de Jésus. Tout hésitant, il demanda : « Comment cela peut-il se faire, Seigneur ? »

Et Jésus lui expliqua :

« Une contrée est plongée dans la torpeur, et tout à coup souffle un vent de tempête. Tu ne sais ni d’où il vient ni où il va, mais tu perçois son mugissement et tu vois qu’il fait tout tourbillonner. Dès qu’il s’est éloigné, cette contrée a un aspect bien différent. Il en va de même pour les êtres humains qui sont pénétrés par la Force qui vient de Dieu. Elle secoue ceux qui dorment, et soudain ils sont intérieurement transformés, à condition toutefois qu’ils ne s’opposent pas à la Force régénératrice. »

« Je ne cherche nullement à m’y opposer », s’écria Nicodème. « Je veux bien être secoué, puisque tout doit devenir nouveau ! Dis-moi, comment puis-je faire en sorte que la tempête passe également sur moi ? »

Le vieil homme tremblait, comme s’il était déjà ballotté de-ci, de-là. Jésus le regarda en souriant :

« Tu es docteur de la loi et tu ne sais pas cela ? Si vous, qui connaissez les prophéties, ne me comprenez pas, comment les illettrés pourront-ils y parvenir ? Je m’efforce de parler simplement, si simplement qu’un enfant pourrait me comprendre ! »

Confus, Nicodème baissa les yeux. Il prenait la chose au sérieux : il voulait se transformer de fond en comble, mais il n’avait pas encore compris qu’il n’avait aucun pouvoir sur le vent de la tempête. Il pensait devoir tout faire par lui-même.

Désireux de l’aider, Jésus expliqua une fois de plus :

« Par amour et miséricorde, Dieu, l’Éternel, envoya Son Fils dans le monde, dans tout ce qui est sombre et ténébreux, pour que la lumière se fasse dans les âmes. Voilà pourquoi le Fils de Dieu est venu. Celui qui croit en Lui et agit selon Sa Parole retrouvera le bon chemin qui peut le mener à Dieu. Il sortira également sain et sauf du Jugement qui doit un jour venir sur le monde. »

Au mot « Jugement », la compréhension était soudain venue à celui qui écoutait.

« Seigneur, » balbutia-t-il, « ce n’est donc pas Toi qui apportes le Jugement ? »

« Non », répondit Jésus avec bonté. « Je vous apporte le salut avant que le Jugement ne vous frappe. Je vous apporte la Lumière et la Vérité. Après moi viendra le Fils de Dieu qui, de toute éternité, est destiné à être le Juge de l’univers entier. Ô vous, les hommes, si seulement vous vouliez entendre ! »

Les yeux du docteur de la loi se remplirent de larmes, mais il n’y prêta pas attention.

« Seigneur, je crois en Toi ! Je sais que Tu es le Fils de Dieu, et… et… je Te remercie ! »

Il s’inclina profondément, saisit l’ourlet du vêtement de Jésus et y pressa ses lèvres tremblantes. En un geste de bénédiction, Jésus posa un instant Sa main sur la tête inclinée.

Nicodème quitta la pièce en silence, mais son cœur brûlait, et il crut sentir le vent de la tempête le traverser.

Après que Nicodème L’eut quitté, Jésus sortit à son tour de la maison. Le ciel étoilé brillait, clair au-dessus de Lui, et Il dirigea Son regard vers le Haut.

« Père, » soupira-t-Il, « dire que les hommes ne peuvent Te comprendre ! Ils sont entourés de preuves de Ta Toute-Puissance et de Ta Grandeur. David T’a vu dans Tes œuvres, mais ce qu’il en a chanté dans ses psaumes, les hommes le répètent machinalement, sans faire attention à ce qu’ils disent. »

Ses pensées se tournèrent à nouveau vers Nicodème, docteur de la loi et pharisien. Sa croyance en Dieu était ensevelie sous un faux savoir, mais il avait demandé et il avait trouvé ! Combien plus léger serait le chemin de Jésus si les autres lui ressemblaient ! Nicodème retiendrait-il ce qu’il avait acquis aujourd’hui ?

« Père, » implora Jésus, « donne-lui la force de se diriger vers la Lumière ! »

Le disciple Jean sortit alors de la maison. Il était inquiet parce qu’un visiteur était venu voir Jésus pendant la nuit.

« Était-ce absolument nécessaire, Seigneur ? » demanda-t-il avec un léger reproche dans la voix. « Reçois donc les gens pendant la journée ! Celui qui craint la lumière devrait de toute façon s’en tenir éloigné ! »

« Jean, comme vous vous empressez tous de juger ! » répondit Jésus. « Lorsque tu es malade et que ton corps souffre, tu n’attends pas qu’il fasse grand jour pour chercher du secours. L’âme n’est-elle pas plus importante que le corps ? Nicodème a bien fait de venir à moi sans tarder lorsqu’il s’est senti poussé à le faire. Comment peux-tu dire qu’il a agi par crainte ? Tu constateras qu’il dira ouvertement qui je suis. »

Jean se tut, honteux, et Jésus rentra avec lui dans la maison.

Quelques jours plus tard, les docteurs de la loi, les pharisiens et les anciens tinrent une réunion très animée.

« Nous ne devons pas tolérer qu’un peu partout dans le pays le peuple se rassemble et s’attroupe autour de certains hommes que personne ne connaît ! » s’écria l’un des anciens.

Deux ou trois d’entre eux se levèrent pour donner leur avis, mais avant qu’ils n’aient pu s’exprimer, une voix tranquille s’éleva :

« Pourquoi dis-tu que personne ne les connaît ? »

Toutes les têtes se tournèrent vers celui qui venait de prendre la parole. C’était Nicodème qui, jusque-là, s’était le plus souvent tu pendant les réunions. Sa question les troubla. Oui, pourquoi ne connaissait-on pas ces hommes ?

L’un d’eux se leva et dit d’un ton rassurant :

« Bien sûr que nous les connaissons, Jéhu s’est simplement mal exprimé. Nous savons que l’un d’eux se nomme Jean : c’est le fils du prêtre Zacharie. L’autre s’appelle Jésus et est le fils du charpentier Joseph de Nazareth. »

« Le fils de Joseph ! » s’écria Jéhu surpris. « J’ai toujours pensé que ce garçon précoce nous causerait des ennuis. » « Tu le connais ? Parle-nous de lui ! » demandèrent quelques-uns avec fougue.

Cela pouvait devenir intéressant, on en apprendrait enfin davantage sur cet homme. Mais Jéhu n’était pas d’accord.

« Que voulez-vous que je vous raconte ? » dit-il avec humeur. « Je ne suis resté que très peu de temps au temple de Nazareth. Ce Jésus en fréquentait l’école. Il était très avancé pour son âge, ce qui le rendait incroyablement prétentieux. Il posait sans cesse des questions, et finalement mon enseignement ne lui a plus suffi ! Sous prétexte qu’il était indispensable à la maison, son père, trop conciliant, céda et le retira de l’école. C’est tout. »

Quelques auditeurs sourirent à la dérobée.

« Vanité blessée ! » chuchota quelqu’un. « Cela a dû toucher profondément Jéhu pour qu’il n’ait pas oublié cet échec jusqu’à ce jour. »

Un prêtre assez âgé prit la parole :

« Jésus de Nazareth, » dit-il pensivement, « n’était-ce pas le nom du garçon qui est venu un jour au Temple il y a dix ou douze ans ? Annas nous l’avait amené, et nous nous sommes tous réjouis de ses réponses et de ses questions. »

Personne ne répondit. Il y avait trop longtemps que cela s’était passé ; peut-être n’y en avait-il plus un seul parmi eux qui avait parlé avec cet enfant. Seul Nicodème avait tressailli.

« Voilà pourquoi, » murmura-t-il, « voilà pourquoi mon cœur s’est élancé vers Jésus lorsqu’Il se trouvait l’autre nuit devant moi ! Comment ai-je pu être aveugle à ce point ! L’enfant rayonne aujourd’hui encore dans cet homme. Il faut que je Le revoie ! »

Entre-temps, Jéhu était revenu à sa première question. Que pouvait-on faire pour empêcher ces attroupements ? Il craignait que les Romains n’en prennent ombrage et flairent là-dessous une atteinte à leur autorité.

Il fut vivement contredit. Que les Romains fassent eux-mêmes leur travail ! Si ces prédicateurs ambulants les gênaient, qu’ils les réduisent au silence ! Ce n’était pas l’affaire des prêtres. De plus, Jean, qui avait été à l’école chez Rabbi Scholem, était un homme très instruit. Ses paroles ne pouvaient pas être en contradiction avec la doctrine générale.

Plusieurs prêtres reconnurent qu’ils avaient écouté Jean. Celui-ci ne prenait pas de gants, comme on dit ; il mettait sans crainte les gens face à leurs péchés, mais il ne disait rien de faux. On pouvait le laisser faire.

« Mais il fait des adeptes ! » s’emporta un ami de Jéhu. « A présent, ce Jésus lui aussi parle déjà partout dans le pays, et bientôt d’autres viendront. »

« Mais puisqu’il ne baptise pas, laissez-le donc parler ! » dit en riant l’un des plus jeunes. « Je crois que ce qu’il dit est très bien. »

« Tu crois cela ! » se moqua Jéhu. « Tu crois cela ! L’as-tu seulement entendu ? Sais-tu ce qu’il raconte ? »

Pas un de ceux qui s’étaient constitués en tribunal n’avait entendu Jésus. Ils durent en convenir avec une certaine honte.

« Je L’ai entendu, je Lui ai même posé des questions », dit à nouveau Nicodème.

Il avait parlé très simplement et sans la moindre émotion apparente. Mais en lui brûlait le souhait que le vent de la tempête traversât tous ces cœurs.

« Je n’ai rien trouvé à redire à Ses paroles. »

Il ne se risqua pas à en dire davantage, pour ne pas être soupçonné de prendre parti. Il savait que, dans ce cas, il ne pourrait plus défendre Jésus.

Tous les autres décidèrent alors de se mêler à la foule lorsque Jésus serait à nouveau dans la région. Il leur fallait entendre ce qu’Il disait.

Jésus, cependant, avait poursuivi Sa route avec Ses disciples. Il prit le chemin de la Galilée en passant par la Samarie. Ils firent halte près de Sichem. Alors que les disciples se rendaient à la ville pour se procurer des vivres, Jésus s’assit sur la margelle d’un puits, absorbé par toutes sortes de pensées.

C’était Jacob qui avait creusé ce puits, Jacob le patriarche, comme le nommaient les Juifs. Ils étaient fiers de descendre de lui. Ils se désignaient comme le peuple élu, et ils l’étaient effectivement. Mais au lieu d’être conscients de cette grâce, ils croyaient que cela leur était dû. Ils obstruaient eux-mêmes toutes les voies menant vers le Haut et Lui rendaient par la plus difficile Sa tâche auprès de leur âme.

Jésus regarda autour de Lui en soupirant. Il venait de faire un long chemin, Il était fatigué et Il avait soif.

C’est alors qu’une femme qui venait de Sichem s’approcha à pas rapides ; selon la coutume du pays, elle portait une cruche à eau sur la tête. Jésus la regarda avec attention. Elle avançait, libre et légère ; il y avait de la retenue dans sa façon d’être. Une fois arrivée au puits, elle commença, après un bref salut, à remplir sa cruche. Jésus lui dit alors : « Donne-moi à boire, j’ai soif. » Elle était sur le point de s’exécuter lorsqu’elle hésita.

« Les hommes que j’ai rencontrés sur la route de Sichem sont-ils tes compagnons ? » demanda-t-elle.

Jésus acquiesça.

« Vous êtes donc Juifs, bien que tu n’en aies guère l’apparence. Ne sais-tu pas que je suis Samaritaine ? Vous les Juifs, vous ne voulez pas avoir affaire avec nous. Je n’ai donc pas le droit de t’offrir ma cruche, Seigneur. »

A nouveau, Jésus la regarda attentivement. N’importe quelle autre femme Lui aurait tout simplement donné de l’eau ; pouvait-Il Lui-même se permettre, en buvant, de manquer aux préceptes ? Comment se faisait-il que cette femme se préoccupât de l’âme d’autrui ? Voulant en savoir davantage, Il rétorqua avec bienveillance :

« Si tu savais qui je suis, c’est toi qui me demanderais de l’eau. Et je te donnerais de l’eau de la Source de Vie qui jaillit éternellement, et elle te désaltérerait à jamais. »

La femme parut un moment surprise. De quoi parlait donc cet étranger ? Alors elle vit un halo lumineux qui L’entourait tout entier, et le rayonnement qui émanait de Ses yeux et semblait pénétrer Son âme. Elle savait à présent que Jésus n’avait pas parlé de l’eau terrestre.

D’une voix tremblante, elle supplia : « Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que la soif inextinguible de mon âme soit enfin apaisée ! »

Pour toute réponse, Jésus ordonna :

« Va chercher ton mari ! »

Subirait-elle cette épreuve avec succès ? Mais, sans hésiter, la femme admit ce qui, aux yeux de tout un chacun, ne pouvait que lui faire du tort :

« Seigneur, je n’ai pas de mari. J’en ai eu cinq, mais celui que je soigne actuellement avec amour parce qu’il va mourir, n’est pas mon mari. »

Jésus répondit tranquillement :

« Tu as dit la vérité, je savais tout cela. » Il n’eut pas un mot de condamnation, pas un mot de reproche !

Alors jaillit subitement de la femme, tel un torrent, le récit de la faute accablante de sa vie. Tout, absolument tout ce qui l’avait tourmentée et préoccupée aussi longtemps qu’elle pouvait s’en souvenir, devait maintenant ressortir au grand jour.

« Seigneur, je sais que tu es un prophète du Très-Haut. Aide-moi ! Où puis-je trouver Dieu ? Je Le cherche, mais ne Le trouve pas. Vous les Juifs, vous dites qu’il faut L’adorer au Temple de Jérusalem et que c’est là qu’Il se montre. Nos pères nous ont appris qu’il fallait Le chercher sur cette montagne. Je ne L’ai trouvé nulle part. Ô Seigneur, cher Seigneur, aide-moi ! »

Ces mots résonnèrent, pathétiques ; ils venaient du plus profond de son âme de chercheuse. Jamais encore un être humain ne s’était adressé aussi directement à l’âme de Jésus ; jamais encore Il n’avait rencontré pareille recherche.

Il se tourna avec bonté vers la femme qui levait vers Lui des yeux suppliants et Le regardait, pleine d’espoir.

« Dieu n’est pas visible pour les humains. Celui qui veut L’adorer doit Le chercher hors de cette matière. Il doit garder son âme ouverte, car ce n’est qu’en esprit qu’il peut s’élever et pressentir quelque chose de Dieu. Il faut d’abord que vous réappreniez cela, vous les hommes. »

La femme l’interrompit vivement en disant : « Le Messie qui doit bientôt venir nous parlera de Dieu. Il nous enseignera tout. »

Ces mots avaient été inspirés par une foi profonde. Quant à Jésus, Il répondit d’une voix posée : « Femme, regarde-moi bien ! Je suis le Messie. » Une allégresse sans pareille envahit l’âme de la femme.

« Mon Dieu et mon Seigneur ! » dit-elle en jubilant. Elle était comme frappée d’étonnement et ces mots lui vinrent aux lèvres : « Ainsi, j’ai trouvé Dieu en Toi, je L’ai enfin trouvé ? Il m’est donné de Le voir ! »

Elle tomba à genoux et porta à ses lèvres l’ourlet du vêtement de Jésus. Puis elle se releva subitement. Oubliée, la demande de Jésus pour une gorgée d’eau ! Oubliée, la retenue qui l’avait poussée jusqu’alors à fuir les humains pour leur enlever toute possibilité de l’insulter !

Elle saisit sa cruche et retourna rapidement vers Sichem afin d’y annoncer que le Messie était venu. Ils devaient tous Le voir, absolument tous !

Rempli de joie, Jésus la suivit des yeux. Quel bienfait c’était de rencontrer un tel être humain ! Pour cette femme, voir et savoir ne faisaient qu’un, et ce qu’éprouvait son âme, elle le mettait en pratique. Femme bénie ! Les disciples revinrent et remarquèrent avec étonnement que leur Seigneur avait parlé avec la Samaritaine, mais ils ne posèrent aucune question. Ils Lui proposèrent de partager la nourriture qu’ils avaient achetée, mais Il refusa. Alors ils craignirent que la Samaritaine ne Lui eût donné quelque chose à manger. Ils étaient encore trop dépendants des préceptes de leur croyance.

D’un sourire, Jésus dissipa cette crainte :

« Celui dont l’âme a été nourrie n’a plus besoin de nourriture terrestre. »

Les disciples ne comprirent pas et insistèrent :

« Mange, Seigneur ! »

Par amour pour eux, Jésus se força donc et accepta ce qu’ils Lui tendaient. Lorsqu’ils eurent mangé, Il leur parla de la femme.

« Voyez, » dit-il, « à présent, le salut sera enlevé aux Juifs et deviendra accessible à tous les hommes. Désormais, tous ceux qui me cherchent devront pouvoir venir à moi. Vous obtiendrez plus tard des récoltes plus riches auprès des païens, parmi lesquels vous n’aurez pas semé, qu’auprès des Juifs, parmi lesquels toute semaille aura été inutile. »

Le joyeux message que la femme avait apporté à Sichem avait été entendu. Ils arrivèrent en foule pour voir celui qu’elle appelait le Messie.

Le cœur du Seigneur débordait de joie. Ces hommes et ces femmes ne venaient pas par curiosité, ils ne venaient pas pour voir des miracles ; ils cherchaient le Messie, le Salut de leur âme. Et la joie qui L’envahissait irradia de Son enveloppe terrestre. Alors les yeux de ceux qui approchaient se dessillèrent, de sorte qu’ils purent voir le Fils de Dieu. Ils Le supplièrent :

« Seigneur, reste encore un peu auprès de nous, même si nous n’en sommes pas encore dignes ! Nous voulons dire à d’autres que nous avons trouvé le Salut du monde. »

Jésus le promit. Ils parcoururent donc le pays en annonçant à haute voix :

« Nous avons trouvé le Messie ! Il est réellement parmi nous. »

Ils ne pouvaient rapporter aucun signe par lequel Il se serait révélé.

Ils disaient tout simplement qu’ils avaient trouvé le Seigneur de tous les mondes. Et cela suffisait. La nouvelle se répandit très vite dans toute la Samarie. Quiconque cherchait avec son âme allait à Sichem et trouvait.

Jésus resta deux jours près du puits avant de reprendre la route. Il laissait derrière Lui des âmes heureuses et reconnaissantes.

Perdu dans Ses pensées, Jésus avançait, remerciant Son Père de Lui avoir confié ces âmes humaines. Quant aux disciples, ils s’entretenaient avec animation de ce qu’ils avaient vécu.

Comme ces jours avaient été merveilleux ! Jésus avait été entouré de cris de joie et de victoire. Le grand réveil allait venir pour Israël ! Ils ne se lassaient pas de se représenter ce qui s’ensuivrait, ce qui ne manquerait pas de s’ensuivre. Ils ne remarquaient pas à quel point leur Seigneur était devenu silencieux, ainsi que quelques-uns des leurs.

Finalement, Thomas n’y tint plus. Sans attendre une halte, il dit d’une voix forte :

« Avez-vous oublié que notre Maître a dit que nul n’est prophète en son pays ? Nous étions en Samarie. Là-bas, il s’est passé de grandes choses. Maintenant, nous arrivons en Galilée, chez les Juifs orthodoxes. Là, personne n’accordera foi à ce que dit Jésus ! »

Dans leur colère, les autres s’apprêtaient à l’attaquer parce qu’il troublait leur joie, lorsque Jésus, que ces cris avaient arraché à Ses pensées, intervint :

« Thomas a raison. Ce qui s’est passé ici, nous le chercherons en vain chez les Juifs orthodoxes. Si j’allais vers ceux qui ne savent rien de Dieu, en vérité, je vous le dis, ils me reconnaîtraient, et Dieu en moi. Mais c’est chez les Juifs que je suis envoyé selon la Volonté de mon Père, et c’est un peuple buté. »

« S’ils ne T’acceptent pas, le Jugement les frappera », dit Philippe. Une certaine joie maligne perçait dans ses paroles.

Jésus le regarda sévèrement :

« Prends garde, Philippe, que le Jugement ne vienne également sur toi ! »

Philippe le comprit et baissa les yeux, saisi de honte. Et Jésus poursuivit :

« Le Jugement viendra sur le monde, comme en a décidé mon Père. »

L’un des douze Lui demanda :

« Seigneur, alors Tu es tout de même venu pour juger la Terre ? »

Jésus secoua la tête :

« Je ne suis pas venu dans le monde pour juger, mais pour que l’humanité retrouve par moi le chemin qui mène vers le Haut. »

Thomas demanda :

« Seigneur, tu as bien dit un jour que ce n’était pas le Père qui jugerait le monde, mais le Fils ? Donc, si Tu n’es pas venu pour le Jugement, qui alors jugera le monde ? »

« Le Fils de Dieu viendra pour juger le monde, comme le Père le Lui a ordonné. Le Père a tout mis entre Ses mains : la vie et la mort, l’anéantissement et la félicité. Tous ceux qui auront vécu devront comparaître devant Lui. Celui qui écoutera Sa voix obtiendra encore un court délai pour retrouver le bon chemin, mais à celui qui ne voudra pas écouter le Fils de l’Homme, échoira la damnation éternelle. »

Les traits du Fils de Dieu étaient empreints d’une profonde gravité. Les disciples Le regardaient avec un respect mêlé de crainte. Mais ils ne Le comprenaient pas ; ils pensaient qu’Il parlait de Sa propre personne. En chuchotant, ils examinèrent plus tard Ses paroles, et Judas, auquel ils s’adressaient toujours lorsqu’ils n’avaient pas bien compris quelque chose, leur expliqua que maintenant Jésus n’était venu que pour témoigner de Dieu, mais qu’Il reviendrait pour le Jugement. Cela était réservé à des temps ultérieurs. Et, cette fois, tous crurent avoir compris.

Ils étaient déjà en route depuis plusieurs jours. Partout, on amenait à Jésus des malades et des gens dans la peine, et Il guérissait tous ceux qui étaient ouverts pour recevoir la Force.

Dans la région de Cana, un officier royal se fraya un passage dans la foule pour arriver jusqu’à Jésus. Chacun s’inclina très bas, y compris les disciples. Jésus n’y prêta pas attention, mais Pierre Lui chuchota :

« Vois, Seigneur, un officier du roi vient vers Toi ! »

Jésus, qui avait la main posée sur les yeux d’un malade, se redressa et dit aimablement :

« Laisse-le venir, Pierre ; il n’est pas plus mauvais que les autres. »

Tout effrayés, les disciples se regardèrent. Qu’avait dit Jésus ? Pas plus mauvais que les autres ? Un homme d’un rang si élevé ! Pourvu qu’il n’ait rien entendu ! Mais c’était là un faux espoir.

Lorsque le respectable officier se trouva devant Jésus, il ploya le genou avant de dire : « Je me réjouis, rabbi, que tu aies dit que je n’étais pas plus mauvais que les autres auxquels tu as apporté ton aide. Ainsi, tu m’aideras moi aussi. Mon fils unique se meurt. Si tu ne me viens pas en aide, il me sera enlevé. Lorsque j’ai appris que tu étais dans la région, j’ai quitté l’enfant pour aller à ta recherche. En chemin, cependant, tous mes péchés me sont venus à l’esprit, et j’en fus désespéré. Dieu ne pourrait pas aider un homme qui avait accumulé tant de fautes. Et maintenant, pour ma consolation, tu me dis que je ne suis pas plus mauvais que les autres ! Seigneur, je te remercie. »

Troublés, les disciples se regardèrent. Était-ce là ce que signifiaient les paroles de Jésus ? Mais Jésus dit à l’homme : « Rentre chez toi. Ton fils est vivant ! »

Balbutiant de ferventes paroles de reconnaissance, l’homme partit en toute hâte. Mais il se ravisa soudain, fit demi-tour et revint sur ses pas. Tout essoufflé, il se tint devant Jésus et dit :

« Seigneur, à partir d’aujourd’hui, je veux devenir meilleur que les autres ! »

Jésus vit qu’il était sincère.

Lorsque l’heureux père arriva dans les environs de Capharnaüm, où il habitait, un messager lui annonça que son fils était guéri.

Le soir, Jésus appela Ses disciples auprès de Lui et les exhorta à ne pas juger sur leur apparence ceux qui venaient demander de l’aide.

« Ne croyez-vous pas que j’aurais pu choisir mes disciples parmi les personnes les plus distinguées du pays ? » leur demanda-t-Il.

Ils avaient eux-mêmes déjà bien souvent réfléchi à la question de savoir pourquoi Il les avait choisis, justement eux qui étaient presque tous des hommes simples, et ils l’avouèrent à Jésus, qui leur dit :

« Beaucoup de raisons m’ont poussé à vous choisir, vous précisément : vous n’aviez à dépasser aucun savoir appris, vous pouviez mieux supporter les fatigues de nos pérégrinations, vous n’étiez pas liés à des biens matériels, et pour bien d’autres raisons encore. Mais avant tout, j’espérais que les pauvres et les malheureux trouveraient en vous de bons intercesseurs, puisque vous étiez vous-mêmes pauvres et malheureux lorsque vous êtes venus à moi. »

Les jours suivants, Jésus repartit vers le sud. Partout dans le pays se préparait la fête des tabernacles. Il arriva ainsi dans la région de Nazareth, mais Il prit un chemin qui ne menait pas à la ville.

C’est alors que deux jeunes gens lui dirent : « Jésus, ne nous reconnais-tu pas ? Pourquoi ne viens-tu pas loger chez nous ? »

C’étaient Jacques et Jean, Ses frères, qui avaient entendu dire qu’Il devait passer par là. Jacques Lui demanda de façon éloquente de se rendre en Judée et d’y faire des miracles.

« Tu ne dois pas œuvrer uniquement en Galilée et y laisser des témoignages », dit Jacques doctement. « Si tu es celui que tu dis être, pourquoi te caches-tu des prêtres ? Montre-leur ce que tu peux faire ; ainsi, ils pourront croire en toi. »

Mais Jésus sentit que la foi de son frère était ébranlée. Peut-être pouvait-Il encore lui venir en aide.

« Jacques, » dit-il aimablement, « s’ils croient en moi uniquement parce que je leur donne des preuves, qu’y a-t-il là d’extraordinaire ? En Samarie, ils m’ont vu et ils m’ont reconnu, moi et Celui qui m’a envoyé ! »

« Alors, viens au moins à Jérusalem pour la fête », demanda Jacques. « Montre-toi aux prêtres ; peut-être te reconnaîtront-ils eux aussi ! »

Jésus considéra gravement celui qui venait de parler.

« Jacques, dis-moi, sais-tu qui je suis ? »

Son frère ne s’attendait pas à cette question, mais il savait qu’il devait y répondre. Il sentait que sa réponse serait décisive pour lui, mais avant qu’il eût pu réfléchir à ce qu’il allait dire, Jean, son frère cadet, le devança. D’une voix calme et encore enfantine, il dit :

« Tu es le Messie promis, je le sais ! »

Puis il s’effraya de ses propres paroles et ajouta timidement :

« Mais tu es aussi notre frère, et je n’ai jamais compris comment cela était possible. »

Tel un éclair, les paroles du plus jeune pénétrèrent l’âme de Jacques. Soudain, tout fut clair pour lui. Maintenant, il pouvait parler lui aussi. Tout simplement et naturellement, il dit à Jean :

« Jésus est le Fils de Dieu ; Il est venu sur Terre afin que l’humanité trouve à nouveau Dieu. Il Lui fallait pour cela un corps terrestre, et c’est chez nous qu’Il l’a trouvé. Bienheureux sommes-nous de pouvoir nous appeler Ses frères ! » .

Puis il se tourna à nouveau vers Jésus en disant :

« Pardonne-moi ; dorénavant, je ne T’importunerai plus. » Jésus leur tendit la main à tous deux et les exhorta à se rendre à Jérusalem pour la fête, mais Il ne dit mot sur ce qu’Il comptait faire.

Cependant, les disciples ne tardèrent pas à se rendre compte qu’ils avaient pris eux aussi le chemin de Jérusalem. Ils s’en réjouirent et le montrèrent ouvertement.

Mais à peine étaient-ils arrivés dans cette ville que leur joie se transforma en inquiétude. Partout où Jésus se montrait, la contestation et la discorde éclataient. Les uns affirmaient que ce qu’Il disait venait de Dieu, et les autres, que cela venait du Malin. Toutefois, les gens avaient beau s’opposer à Lui, ils ne pouvaient rien contre Lui, car Son heure n’était pas venue.

Le premier jour de la fête, Jésus entra dans le Temple et commença à enseigner. Alors les docteurs de la loi s’indignèrent et s’écrièrent : « Depuis quand est-ce l’usage qu’un non-érudit vienne prêcher au Temple ? Dis-nous d’abord qui t’a initié et de qui te vient ton enseignement. »

Jésus répondit d’une voix retentissante : « Je tire mon enseignement de moi-même, et cet enseignement est celui de Dieu qui m’a envoyé ! Essayez de vivre selon mon enseignement et vous vous apercevrez bientôt qu’il vient de Dieu, car il porte la Vie en lui. Si vous acceptiez mes paroles et si vous les faisiez vôtres, vous pourriez déjà connaître la félicité en ce monde.

En vérité, je vous le dis, quiconque croit en moi sera traversé par des courants d’eau vive. Tous ceux qui entreront en contact avec cette eau seront désaltérés. La Force de Dieu les pénétrera comme elle pénètre sur Terre tout ce qui s’ouvre à elle. Voyez les fleurs des champs. Elles ouvrent leur calice aux rayons du soleil. Demandent-elles d’où viennent ces rayons ou qui les a envoyés ? Prenez exemple sur elles ! »

Un grand nombre de prêtres entendirent cette parabole et n’y trouvèrent rien à redire. Ils tentèrent d’en persuader les autres qui pensaient qu’il était de leur devoir d’interdire à Jésus de parler. Mais les choses n’allèrent pas plus loin. Personne ne prit à cœur les paroles qu’il avait entendues. Parmi tous ceux qui étaient présents, il y en eut un seul dont l’âme s’ouvrit avec joie et reconnaissance : Nicodème. Il aurait tant aimé aller vers Jésus, mais il n’en trouva pas le temps. Il devait sans cesse calmer les excités et les révoltés.

L’un des grands prêtres l’apostropha :

« Qui crois-tu donc qu’il est ? »

Sans hésiter et à voix haute, Nicodème répondit :

« Je sais qu’Il est le Messie promis ! »

Il y eut un instant de silence, qui fut toutefois assez long pour permettre à Jean, le disciple, de se souvenir des paroles de Jésus : « Vous l’entendrez un jour me reconnaître ouvertement. » C’est alors que l’un des docteurs de la loi s’écria :

Ce que tu dis n’est pas possible, car le Messie doit venir de Bethléem, alors que cet homme est originaire de Nazareth. »

Nicodème ne sut que répondre, car il ignorait que Jésus était né à Bethléem.

Dès le lendemain, Jésus enseigna à nouveau dans le Temple, tout naturellement et sans la moindre crainte. Les docteurs de la loi et les pharisiens se pressèrent autour de Lui pour L’observer et L’écouter. Bien qu’ayant prêté attention à chacune de Ses paroles, ils ne purent rien y trouver de faux. Cela ne fit que les irriter davantage.

Mais être ainsi observé pesait sur Jésus de façon oppressante. Il avait du mal à respirer et à parler. Il lui fallait reprendre haleine !

Après être resté un moment silencieux, Il cria à la foule assemblée :

« Vous, les docteurs de la loi, dans quel but êtes-vous venus ici ? Que vouliez-vous entendre ? Pensiez-vous pouvoir prendre mes paroles en défaut ? Pourquoi ne m’interdisez-vous pas de parler ? Et si mes paroles sont vraies, pourquoi ne les écoutez-vous que superficiellement ? Accueillez-les avec votre cœur ! »

Les pharisiens se tenaient là, tout embarrassés. Était-il concevable que quelqu’un déclarât aussi ouvertement ce qu’il ressentait et pensait ? L’un d’entre eux crut devoir répliquer quelque chose, et il s’écria d’une voix dure :

« Es-tu un instrument du diable pour croire que nous voulons te prendre en défaut ? »

Avant que Jésus ne pût répondre - si tant est qu’Il fût prêt à répondre à une telle question - Nicodème fit un pas en avant et demanda :

« Est-il digne de nous de parler ainsi dans un temple ? Je ne trouve rien de faux en Jésus. Que celui qui est d’un avis contraire quitte ces lieux afin de laisser la place à ceux qui cherchent ! »

« Écoutez Nicodème », dit Jéhu entre ses dents. « Il est déjà, lui aussi, sous le charme de ce Jésus ! Ce serait vraiment trop commode pour cet imposteur de nous voir quitter la place ! Il pourrait ainsi dire sans crainte tout ce qu’il a envie de dire ! »

Toutefois, il s’écria à haute voix :

« Explique-nous donc, Jésus, ce que tu as dit au sujet du Temple : il ne serait qu’une copie ? Ne sais-tu pas que c’est notre père Salomon qui fit ériger ce Temple ? Veux-tu lui reprocher de n’être qu’un imitateur ? Où aurait-il bien pu trouver le modèle ? Veux-tu l’outrager en disant qu’il aurait copié les temples païens ? »

La voix accusatrice retentissait, de plus en plus excitée, et Jéhu se serait encore davantage emporté si des cris de mécontentement ne l’avaient interrompu. Avant qu’il eût pu répéter ses questions, Jésus avait tranquillement levé la main ; les voix se turent et le silence se fit. Le visage de Jésus était empreint d’une paix céleste, si bien que chacun Le regardait, frappé d’étonnement et d’admiration. Sa voix était douce et pleine de ferveur lorsqu’Il commença à parler :

« Puisque vous m’interrogez sur le modèle de ce Temple terrestre, sachez qu’il se dresse tout en haut de l’univers, plus beau, plus magnifique que tout ce que la main de l’homme a jamais érigé. Ses serviteurs sont des esprits bienheureux qui, sans interruption, remercient Dieu dans le bonheur et dans la joie.

Si vous détruisiez aujourd’hui le Temple, et qu’il n’en reste pas pierre sur pierre, en vérité, il pourrait être reconstruit très rapidement s’il se trouvait un homme assez pur, comme l’était Salomon, pour voir le modèle originel de ce Temple. »

Ceux qui l’écoutaient buvaient Ses paroles. Jamais personne ne leur avait parlé ainsi. Ils voulaient en entendre et en apprendre davantage sur ce qui était caché à leurs yeux.

Mais, parmi les érudits hostiles, une certaine agitation se manifesta ; ils pensaient avoir enfin trouvé un moyen de faire du tort à Jésus.

« Il dit qu’il détruira le Temple ! » chuchotaient-ils entre eux et, à la vitesse de l’éclair, ces paroles mensongères se propagèrent alentour.

La foule se sentit désagréablement troublée. Tous savaient que Jésus s’était exprimé autrement. Ils essayèrent de faire taire les calomniateurs et de réfuter leurs paroles, ce qui donna lieu à une querelle qui couvrit la voix de Jésus.

Avec un sourire douloureux, le Maître s’interrompit au milieu d’une phrase. Il était impossible d’aider ces gens ! Ils détruisaient tout eux-mêmes ! Il s’enveloppa étroitement dans Son vêtement comme s’Il craignait le moindre contact avec Son entourage et, suivi de Ses disciples, Il quitta le Temple d’un pas tranquille. Personne ne le retint bien que, cachés derrière des piliers, des soldats n’eussent attendu qu’un signe des prêtres pour se saisir de Lui.

Une fois dehors, Jésus respira.

« Quittons Jérusalem ! » ordonna-t-Il aux siens. Et lorsque, tout excités, ils voulurent parler de ce qui venait de se passer, Il les pria de se taire. Il avait besoin de calme et de silence après tant de vacarme et de confusion !

Perdu dans Ses pensées, Il marchait devant les disciples.

Quelques heures plus tard, Il appela Jean à Ses côtés. De tous les disciples, c’était celui qui Le comprenait le mieux, car son intuition était pure et non déformée.

« Jean, » commença Jésus, « pourquoi les pharisiens me haïssent-ils ? »

« Seigneur, cela me paraît facile à expliquer. Ils veulent diriger le peuple ; il leur est donc désagréable que vienne quelqu’un qui a quelque chose de mieux à offrir. Si le peuple accourt vers Toi, c’est Toi qu’il écoute et non eux. Voilà ce qu’ils craignent. »

Jésus réfléchit. Pareille chose était-elle possible ? Toute compréhension lui manquait pour cette façon de penser.

« Mais s’ils écoutaient eux-mêmes mes paroles au lieu de toujours chercher ce qu’elles pourraient renfermer de faux, s’ils acceptaient ce que j’apporte, ils pourraient précéder le peuple, être pour lui un véritable exemple et le diriger bien mieux qu’ils ne le font à présent. Ne comprennent-ils pas cela ? »

« Non, Maître, je crois que leurs pensées ne vont pas aussi loin », répondit le disciple d’un air découragé, et il ajouta en soupirant : « Il faudrait le leur dire, mais qui pourrait s’en charger ? »

« Je le leur dirai, » répliqua Jésus, « mais ils ne me croiront pas davantage qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. »

Tous deux se turent à nouveau et chacun suivait le cours de ses pensées.

Lorsque, vers le soir, ils firent halte loin de toute habitation humaine, les disciples pressèrent Jésus de leur en dire davantage sur le Temple qui se trouvait Là-Haut dans la Lumière.

Ils avaient accueilli chacune de Ses paroles et y avaient repensé tout en marchant. Toutefois, elles avaient eu un effet différent sur chacun d’eux. Certains voulaient savoir s’ils auraient le droit de voir un jour ce Temple ou même de pouvoir y servir.

Judas demanda si ce grand Temple était lui aussi fait d’or et d’argent ou bien s’il n’était qu’une image. Les autres ne comprirent pas cette question ; ils avaient tout simplement pensé, d’après ce qu’avait dit Jésus, qu’il y avait Là-Haut un Temple qui était encore plus beau que celui de Jérusalem, bien qu’il fût construit de la même façon.

Jésus eut du mal à faire comprendre à Ses disciples que la matière ne se prolongeait pas vers le Haut, mais que là-bas tout était plus lumineux, plus léger et moins compact. Ainsi, le Temple était de même genre que les esprits bienheureux qui y servaient.

Tant que Jésus parla, tous crurent Le comprendre. Mais plus tard, lorsqu’ils répétèrent Ses paroles et en discutèrent ensemble, ils effacèrent toutes les impressions que leur âme avait reçues ; elles continuèrent uniquement à vivre en eux de façon vague et confuse.

Cependant, Jésus était heureux de pouvoir parler avec Ses disciples de ce qui emplissait Son âme. Il voyait, levés vers Lui, leurs yeux pleins d’attente dans lesquels Il lisait une compréhension naissante. Pour une fois, Il n’avait pas besoin de faire des périphrases pour exprimer ce qu’Il voulait leur dire. Et Il parla du Père, de Dieu qui est l’Éternel, le Tout-Puissant.

« Qui d’autre que moi pourrait vous parler de Lui ? » demanda-t-Il avec un doux sourire.

« Personne n’a jamais vu Dieu. Seul le Fils Le connaît, seul le Fils peut vous parler de Lui. Sa Force dirige l’univers, Sa Force inonde tout, pénètre tout, anime tout. Par moi, le Fils, vous aussi avez reçu une partie de cette Force. C’est elle qui vous rend capables d’agir mieux et d’accomplir davantage que vous ne seriez en mesure de le faire sans elle. »

Judas secoua imperceptiblement la tête, mais cela n’échappa pas à Jésus qui demanda :

« Qu’est-ce qui ne te paraît pas clair dans mes paroles, Judas ? »

« Seigneur, je ne ressens pas la moindre force étrangère qui agirait à travers moi. Si elle m’emplissait moi aussi, je ne pourrais faire autrement que la ressentir ! »

« La réponse se trouve déjà dans tes paroles, Judas. Ne te creuse pas tant la tête et accepte tout plus simplement, comme cela vous est donné.

Tu te prives toi-même de ce qu’il y a de plus beau. Si tu veux ressentir la Force comme quelque chose “d’étranger”, jamais tu ne pourras la recevoir. Tu dois vibrer si intensément dans les Lois de Dieu que rien de ce qui vient de Lui ne puisse te paraître étranger. Tu accueilleras alors la Force sans la ressentir spécialement. Ce n’est qu’à tes œuvres que l’on verra si elle est en toi. »

Il se tourna à nouveau vers les autres.

« Combien de fois déjà vous ai-je dit que c’est à vos œuvres que l’on reconnaît qui vous êtes ! Si vous êtes vraiment mes disciples, il faut que vous agissiez selon la Volonté de Dieu, mon Père. Si, par contre, vous êtes de ce monde, vos fruits seront creux. »

Tandis qu’Il parlait, une étoile se détacha là-haut dans le ciel et glissa vers la Terre. Étonnés, les disciples la suivirent des yeux.

« Vois, Seigneur, une étoile est tombée ! » s’écrièrent-ils. « La fin de toutes choses est-elle arrivée ? »

Jésus sourit :

« N’avez-vous jamais vu d’étoile filante ? Cela se produit fréquemment. C’est le signe que la fin de cette étoile est arrivée. »

« Les étoiles ne sont-elles pas éternelles ? » voulurent savoir certains.

Jésus leur demanda à son tour : « Savez-vous qui a fait les étoiles ? »

Stupéfaits, ils Le regardèrent.

« C’est Dieu qui les a faites. »

« Vous dites vrai. Mais alors, réfléchissez un peu : une chose créée peut-elle être éternelle ? Dieu seul est éternel, de même que ce qui est issu de Lui ; tout le reste est périssable et donc éphémère. Les étoiles elles aussi ont leur temps, et ensuite elles doivent disparaître. Je vous le dis : le Soleil, la Lune, les étoiles disparaîtront, ainsi que la Terre, mais les êtres humains qui agissent selon la Volonté de mon Père éternel pourront subsister. »

Les docteurs de la loi avaient entendu dire que Jésus parlait de Dieu comme étant Son Père. Ils s’en indignèrent, en oubliant qu’ils se nommaient eux-mêmes bien souvent des enfants de Dieu. Certains d’entre eux allèrent trouver Jésus et Lui demandèrent : « Comment oses-tu te permettre de dire que le Dieu éternel est ton Père ? »

Ils pensaient savoir à l’avance ce qu’Il répondrait et leurs objections étaient déjà prêtes. Cependant, Jésus répondit selon Son habitude par une autre question à laquelle ils ne s’attendaient pas.

« Qui a le droit d’appeler Dieu “Père”, si ce n’est le Fils ? » dit-Il en les regardant calmement.

Ils perdirent leur superbe et s’écrièrent :

« Comment peux-tu prouver que tu es le Fils de Dieu ? » Et Jésus leur rétorqua :

« Vous voyez mes œuvres, et vous ne savez pas par quelle Force je les accomplis ? Vous entendez mes paroles, et vous pouvez douter ? Il ne vous serait donc d’aucune utilité que je vous dise que le Père Lui-même témoigne pour moi. Insensés que vous êtes, le pain de l’éternité vous est offert, et vous le dédaignez pour ramasser des pierres ! »

Étonnés, ils se concertèrent. « De quel pain veut-il parler ? Nous ne voyons pas de pain et nous ne lui en avons pas demandé non plus ! »

Mais plus ils en discutaient, plus ils s’embrouillaient ; c’est pourquoi ils décidèrent de demander à Jésus le sens de Ses paroles.

« Qu’entends-tu par pain ? Où est le pain que tu nous offres ? »

Plus Jésus s’efforçait de parler de façon simple et compréhensible, moins les docteurs de la loi Le comprenaient. Cela ne faisait aucun doute. Mais, cette fois, les disciples L’avaient compris, et Pierre s’emporta :

« Croyez-vous vraiment que le Maître parle de choses terrestres ? Le pain dont vous parlez nourrit le corps et ne sert à rien d’autre. Par contre, le pain que Jésus donne au monde pour le nourrir de Forces éternelles, ce sont les mots qui sortent de Sa bouche. Si vous les acceptiez, l’aide viendrait à vous, mais au lieu de cela, vous amassez des pierres qui ne peuvent vous être d’aucune utilité. »

Les docteurs de la loi regardaient Pierre avec stupéfaction. N’était-il pas un simple pêcheur ? Personne ne lui avait rien demandé. Cependant, ils ne trouvèrent rien à répliquer.

Jésus s’était assis sur un petit tertre. Immédiatement, beaucoup de gens se rassemblèrent autour de Lui ; ils s’installèrent par Terre ou restèrent debout par petits groupes. Les docteurs de la loi eux aussi se mêlèrent à la foule, mais Jésus ne leur accorda aucune attention. Son âme était saisie d’affliction en pensant au peuple qui était dirigé de façon erronée. Il aurait voulu le conduire comme un berger plein de sollicitude mais, tels des loups féroces, les docteurs de la loi intervenaient toujours et dispersaient leurs groupes.

Il exprima ces pensées. Il expliqua à ceux qui L’écoutaient combien le bon berger se donne de la peine pour le bien-être de chaque petit mouton : il le porte, le soigne, part à sa recherche et le ramène chez lui. De leur côté, les moutons obéissent à sa voix. Tous le comprirent, même les plus simples, et on eut l’impression que le peuple se pressait davantage autour de Jésus pour Lui montrer qu’il acceptait volontiers d’appartenir à Son troupeau.

Mais ensuite, Jésus parla des loups, et ceux qui, dans la foule, se trouvaient près des pharisiens, s’écartèrent de Lui, car ils avaient peur de ce que feraient les docteurs de la loi.

Ces derniers, toutefois, ne bougèrent pas. Ils voulaient en entendre davantage. Peut-être Jésus finirait-il malgré tout par faire une remarque imprudente.

Quant à Lui, Il continuait à parler en essayant de toucher l’âme de Ses auditeurs. Il s’exprimait avec toujours plus de chaleur. Aucun mot que ceux qui L’écoutaient auraient pu réprouver ou condamner ne franchit Ses lèvres. Et c’est sans avoir accompli leur mission qu’ils durent se retirer pour informer ceux qui les en avaient chargés.

Jésus sentait bien qu’Il était observé, même s’Il avait l’impression d’avoir parlé de façon tout à fait inoffensive. Son âme était oppressée par la méfiance et la haine qu’Il rencontrait à chaque pas.

Pendant la nuit, alors que tous les disciples dormaient, Jésus se leva et sortit pour s’entretenir avec Son Père. Il avait appris depuis peu que Jean, que l’on nommait le Baptiste, avait été décapité sur l’ordre d’Hérode.

Jean n’était nullement coupable ; il avait bien moins que Jésus provoqué le mécontentement des érudits. S’ils avaient assassiné Jean, que Lui feraient-ils à Lui, Jésus ?

Alors qu’Il en était là de Ses réflexions, Jésus releva la tête. Son visage était légèrement assombri par la tristesse, mais Il dit presque joyeusement : « Qu’ils fassent donc ce qu’ils croient devoir faire ! Alors ma Mission sera terminée et je pourrai retourner auprès du Père. »

Son retour dans Sa Patrie lui paraissait proche, tout proche. Il savait qu’il ne faudrait plus très longtemps pour que l’hostilité ouverte n’atteignît son but, mais Il savait aussi qu’Il ne devait rien faire par Lui-même pour accélérer les choses ; au contraire, Il devait être plus prudent que jamais et n’offrir à Ses ennemis aucune occasion favorable.

Ce n’était pas Lui qui devait provoquer la fin; Il devait la laisser venir d’elle-même. Comme elle était difficile, cette attente de la délivrance, aussi difficile que toute Sa mission ! Pourtant, Il l’assuma avec un courage renouvelé ; Il était plus conscient que jusqu’alors et voyait plus clairement toutes les difficultés qui se présentaient à Lui.

À partir de cette nuit, Jésus sentit un nouveau lien Le relier à Sa Patrie et à Son Père. En toute conscience, et même en plein jour, au milieu des gens qui faisaient foule autour de Lui, Il pouvait se laisser pénétrer par la Force divine. Et, mieux encore, lorsque le dégoût de la fausseté et du péché des hommes montait en Lui, comme cela arrivait souvent, des messagers de Dieu Lui apportaient aide et consolation.

Cette expérience consciente Le portait intérieurement bien au-dessus de tout ce qui avait pu L’atteindre jusqu’alors. Extérieurement, Il était entouré d’un lumineux éclat que seuls des yeux ténébreux ne pouvaient voir.

Même les disciples, qui étaient auprès de Lui journellement et à chaque heure, s’en rendirent compte. « Qu’arrive-t-il à notre Maître ? » se demandaient-ils. « Il devient plus beau chaque jour. » - « C’est la Divinité qui irradie de Lui », dit Jean tout songeur. - « Non, c’est la joie », dit Lebbée. « Je connais cela chez Lui. Lorsqu’Il se réjouissait étant enfant, tout semblait s’éclairer autour de Lui. »

« Pourquoi devrait-Il se réjouir ? » voulut savoir Pierre. Mais Judas leur expliqua tout :

« Le moment arrivera bientôt où Il entrera à Jérusalem en tant que roi. Pensez donc, en tant que roi ! »

La plupart des disciples ne trouvèrent pas cela particulièrement extraordinaire. Philippe dit d’ailleurs de façon assez rude :

« Si Jésus devient roi des Juifs, Il ne sera plus là pour nous. Nous devrions nous réjouir d’être ensemble au lieu de nous représenter de telles images de l’avenir. »

Jésus remarqua leur conversation animée et attendit qu’ils viennent Lui poser des questions mais, comme rien ne se passait, Il appela auprès de Lui quelques-uns des disciples :

« Qu’est-ce donc qui vous agite ainsi ? »

Embarrassés, ils détournèrent les yeux. Pouvaient-ils Lui dire que le changement qui s’était produit dans Son apparence occupait toutes leurs pensées ? Finalement, Pierre rassembla son courage et dit :

« Seigneur, Tu deviens de plus en plus lumineux. Nous en cherchons la raison et nous ne parvenons pas à la trouver. »

Alors le Seigneur ne put s’empêcher de sourire de Ses disciples qui pensaient encore comme des enfants. Avec bonté, Il les appela tous autour de Lui et tenta de leur expliquer ce qui se passait en Lui.

Il parla de la nuit où Il avait clairement pressenti Sa fin prochaine, Il parla de la Force de Son Père qui, depuis lors, affluait en Lui avec plus d’intensité, puis Il ajouta :

« Vous tous pouvez recevoir cette Force, il vous suffit de vous ouvrir à elle. »

« Comment cela peut-il se faire ? » demanda Thomas avec fougue.

« Très simplement, comme tout ce qui est grand. Tout est en harmonie avec les Lois divines. Voyez le cep de vigne, » dit-Il en montrant un superbe cep dans le vignoble tout proche, « de ses racines monte la sève, et c’est ainsi que la force nutritive passe à travers lui jusqu’à sa plus haute extrémité. Mais elle se communique également à tous les sarments et à toutes les feuilles qui le composent, de sorte que chaque sarment peut porter des fruits. Mais là-bas, sur le bord, des mains scélérates ont arraché quelques sarments. Ils ne sont donc plus reliés au pied, ils se fanent, se dessèchent et ne sont plus bons qu’à être brûlés.

Je suis comme ce cep de vigne : la Force de mon Père afflue à travers moi… »

« Et nous sommes les sarments qui sont attachés à Toi ! » jubilèrent quelques disciples, tout heureux d’avoir si vite compris cette image.

« C’est par Toi que la Force se transmet à chacun de nous et qu’elle nous aide à accomplir la Volonté de Dieu. »

« Oui, » confirma Jésus, « sans moi, vous ne pouvez rien, mais si vous restez liés à moi, vous demeurerez par là même dans la Force de Dieu, car moi et le Père sommes un. N’oubliez pas cela : ne vous laissez pas arracher à moi, quoi qu’il arrive ! »

Il s’interrompit, voulant regarder Judas et lui demander s’il avait maintenant ressenti en lui un peu de la Force dont il avait douté récemment. Son cœur se pencha avec bonté vers ce disciple pour qui tout était particulièrement difficile en raison de son intellect trop développé.

Mais la place de Judas était vide. Là-bas dans le vignoble, il allait de-ci, de-là, et coupait les plus belles grappes pour eux tous. Lorsqu’il revint, il en offrit à Jésus.

Celui-ci regarda tristement le disciple.

« Le souci de notre bien-être physique ne pouvait-il pas attendre, Judas ? » demanda-t-Il avec une nuance de reproche dans la voix. « N’étais-tu pas, toi aussi, curieux de savoir quelles pensées me comblaient au point de transformer mon aspect extérieur, comme vous le dites ? »

« Seigneur, un seul doit penser pour tous », grommela Judas presque avec défi. « D’ailleurs, je crois connaître très exactement Tes pensées. »

Avec un léger soupir, Jésus se détourna. Il voyait clairement que ce disciple Lui échappait : il avait trouvé un autre maître.

Ensemble, ils savourèrent le raisin, puis les disciples parlèrent de ce qu’ils venaient d’entendre. Judas s’assit à l’écart. Il ne désirait pas apprendre de la bouche des disciples ce que Jésus avait dit auparavant. D’ailleurs, le Seigneur n’exprimerait tout de même pas Ses pensées ouvertement. Il était encore trop tôt pour cela. Mais maintenant, que disait Jésus ? Cela, il fallait qu’il l’entende ! Il se rapprocha discrètement.

Les disciples étaient revenus sur le début du discours de Jésus et Lui demandaient ce qu’Il avait voulu dire en parlant de Sa fin prochaine.

Avec bienveillance, le Seigneur accéda à cette demande :

« Vous voyez journellement à quel point les Juifs me haïssent et comme ils essaient de me prendre en défaut pour pouvoir m’écarter et peut-être même me tuer. Un jour, ils parviendront à leurs fins. Ils déformeront mes paroles afin d’avoir une raison de m’arrêter. Je sais que ce temps n’est plus éloigné. »

« Alors, Seigneur, n’allons plus dans les villes où les docteurs de la loi peuvent Te nuire », supplièrent les disciples. « Restons entre nous, ne nous montrons plus nulle part, et rien ne pourra T’arriver. »

« Croyez-vous que, de cette façon, je remplirais ma Mission ? » demanda Jésus, épouvanté que les disciples puissent avoir de telles pensées. « Je dois apporter au peuple juif le Salut de Dieu ; je dois à nouveau rassembler les renégats dans Son Temple. Comment pourrais-je accomplir cela si je reste éloigné de tout ? Mais si je fais la Volonté de Celui qui m’a envoyé, rien ne pourra m’arriver qui ne soit toléré par Lui. »

« Dieu Lui-même peut Te protéger si Tu fais Sa Volonté », dit Philippe avec assurance.

« Tu as raison, Philippe », approuva Jésus. « Dieu pourrait, s’Il le voulait, envoyer sur Terre des légions d’anges pour me protéger. Mais Il ne le fera pas, car les hommes doivent aller jusqu’au bout de ce qu’ils ont l’intention de faire. C’est dans leurs œuvres que doit se révéler celui qui a fait sien le Message de Dieu et sera digne de paraître un jour devant le Fils de l’Homme ».

« L’Amour est venu vers eux, mais ils ne le reconnaissent pas », continua Jésus tout pensif. « Et même si des anges descendaient du Ciel afin de témoigner pour moi, ils n’y croiraient pas davantage. Dès à présent, ils tissent eux-mêmes leur futur destin. L’humanité doit tomber jusqu’à ce qu’elle sombre dans les ténèbres. Toutefois, les quelques-uns qui auront cru en moi seront autorisés à voir le Fils de l’Homme lorsqu’Il viendra sur Terre pour le Jugement. »

Jésus se tut, et les disciples respectèrent ce silence.

Soudain, Judas le rompit :

« Qui est le Fils de l’Homme dont Tu parles souvent, Seigneur ? »

« Il est le Fils de Dieu ! » fut la réponse brève, mais donnée sur un ton bienveillant.

« Le Fils de Dieu ? Mais c’est Toi ! Donc, Tu reviendras un jour pour le Jugement ? Tu as pourtant dit que ce n’était pas Toi qui jugerais la Terre ? »

Il n’y avait rien d’irrévérencieux dans les paroles de Judas, mais uniquement une incompréhension totale. Malgré tout, Jésus lui répondit plus durement qu’à l’accoutumée.

« Ce que j’ai dit, je l’ai dit, et cela reste valable. Ce n’est pas moi qui viendrai pour le Jugement, c’est le Fils de l’Homme, comme cela est prévu depuis que la Terre existe. Tout comme moi, Il est Fils de Dieu. Toutefois, Il est en même temps Roi Là-Haut dans le Manoir éternel dont je vous ai parlé. Ses serviteurs gardent la Coupe de la Force divine et veillent à ce qu’au moment déterminé par Dieu, des flots d’eau vive se répandent dans l’univers, stimulants et régénérateurs. »

Jésus se tut. On sentait qu’Il avait encore bien des choses à dire mais, ayant regardé le visage de Ses auditeurs, Il fut poussé à n’en rien faire.

« Je pourrais vous en dire bien davantage sur cette magnificence infinie, mais vous n’êtes pas encore mûrs pour le comprendre. Celui qui viendra après moi, l’Esprit issu de Dieu, Celui qui jugera le monde sur l’ordre de Dieu, Celui-là vous révélera tout ! »

Jésus venait de parler du Fils de l’Homme qui jugerait le monde en tant que Fils de Dieu, et maintenant Il parlait de l’Esprit de Dieu qui devait venir pour le Jugement. Jésus avait raison : ils ne pouvaient vraiment pas comprendre.

Seul Jean examina ces paroles dans son cœur et s’efforça de les garder vivantes en lui. Les autres les oublièrent, car Jésus ne revint jamais sur cette question. Ses disciples n’étaient vraiment pas encore assez mûrs pour comprendre les mystères divins.

Et pourtant, Il se sentait poussé à leur communiquer tout ce qu’ils pouvaient saisir de l’abondance qui était en Lui. Bientôt, Il les quitterait ; ils devaient être armés pour ce moment-là. N’étaient-ils pas appelés à continuer Son œuvre ? Ils y étaient si peu préparés ! Certes, ils s’étaient transformés, ils étaient devenus moins égoïstes et plus sereins, leur vouloir était pur, leur croyance authentique, mais tout cela résisterait-il à la séparation ?

Chaque fois que l’occasion se présentait, Jésus parlait des vérités éternelles avec Ses disciples. Auparavant, Il avait souvent suivi Son chemin en silence, heureux que personne ne Lui adressât la parole. Il en allait différemment à présent. Dès qu’Il se voyait seul avec Ses disciples et ceux qui Le suivaient constamment, Il se mettait à parler et à poser des questions. Et c’est grâce à Ses questions que les disciples reconnurent tout ce qui leur manquait encore pour qu’ils comprennent vraiment.

Lorsque Jésus leur parlait de Dieu, ils écoutaient avec joie et pensaient avoir tout compris, mais dès qu’Il leur posait des questions, il devenait évident qu’ils n’étaient pas encore aptes à transmettre Son Message à d’autres. Toutefois, ce genre de conversation les réveillait, et ils avaient honte de voir Jésus se heurter si souvent à leur ignorance. Pleins de zèle, ils s’instruisaient les uns les autres, et leur vie en commun perdit ainsi son côté rigide qui avait si souvent déplu à Jésus.

Ils étaient heureux comme des enfants lorsqu’ils répondaient de façon juste, et Jésus ne manquait pas de poser aussi des questions auxquelles Il était sûr qu’ils répondraient correctement. Cela leur donnait une assurance qui, à quelques exceptions près, leur faisait défaut.

Entre-temps, il avait été donné aux disciples de vivre un grand événement : à l’appel de Jésus, Lazare, que le Seigneur aimait, était sorti de sa tombe comme si sa mort n’avait été qu’un rêve.

Tous ceux qui avaient assisté à la scène en avaient été bouleversés. Après cela, quelles preuves fallait-il encore pour montrer que Jésus était le Fils de Dieu ?

Cependant, les docteurs de la loi étaient plus loin que jamais de reconnaître la Vérité. La nouvelle de ce qui s’était passé à Béthanie s’était répandue comme une traînée de poudre. On en parlait dans tout le pays. C’était tellement prodigieux que personne n’en rajoutait, comme cela se produisait bien souvent. Le fait en lui-même était stupéfiant : un mort, qui depuis quatre jours gisait dans sa tombe, avait été rappelé à la vie.

Il était grand temps de mettre fin aux agissements de ce Jésus ! Cela ne pouvait pas continuer ainsi ! Avait-on jamais entendu chose semblable ? Élie avait bien rappelé à la vie un garçon qui venait de mourir. Cela, Jésus l’avait fait Lui aussi à plusieurs reprises, mais ce que l’on racontait maintenant dépassait tout. Rien d’étonnant à ce que le peuple fît foule autour de Lui ! Et, à nouveau, les docteurs de la loi décidèrent d’envoyer quelqu’un se renseigner sur le pouvoir qui Lui permettait d’accomplir de telles choses.

Mais, pour le grand prêtre Caïphe, il n’était pas question d’écouter ni d’attendre.

« Nous devons nous saisir de ce Jésus, où qu’il se trouve. Mieux vaut faire mourir un seul être, même s’il n’a pas mérité la mort, plutôt que mettre tout un peuple en péril. »

Il était fier de sa sagesse. Mais Nicodème dit avec irritation :

« Depuis quand est-ce la coutume en Israël de juger quelqu’un sans l’entendre ? Si ce que l’on nous rapporte à présent au sujet de Jésus est la vérité, réjouissons-nous et remercions Dieu car, dans ce cas, Il est bien le Messie que nos pères attendaient. Qu’importe qu’Il soit né à Nazareth et non à Bethléem ! »

« Mais Il est né à Bethléem », dit quelqu’un. « Je sais parfaitement que Ses parents y ont séjourné à cause du recensement. »

« Et, après cela, vous pouvez encore douter ! » s’écria Nicodème, transporté de joie. « Ouvrez-vous, saluez le Messie, venez à Lui avec votre cœur et laissez-Le entrer à Jérusalem ! »

Caïphe se rendit compte qu’il ne pourrait rien obtenir pour le moment. Personne ne serait d’accord pour une arrestation. L’immense joie de Nicodème avait plus ou moins entraîné tous ceux qui l’avaient entendu, et ses paroles avaient enflammé les cœurs.

Et si c’était vrai ? Si Jésus était le Messie ? Dans le silence de la nuit, quelques docteurs de la loi allèrent à Béthanie, mais ils n’y trouvèrent pas Jésus. Il s’était rendu avec Ses disciples à Éphrem, près du désert, et avait interdit à Lazare de dire où Il se trouvait. Jésus voulait être seul avec tous ceux qui l’accompagnaient. Ils étaient déjà plus d’une centaine à cheminer quotidiennement avec Lui, et il devenait de plus en plus important pour Lui de préparer ces âmes humaines à leur mission à venir.

N’ayant pas trouvé Jésus à Béthanie, certains des docteurs de la loi retournèrent à Jérusalem. Ils Le verraient une autre fois ! Mais les autres prirent la chose à cœur ; partout où ils allaient, ils demandaient quel chemin avaient pris Jésus et les siens, et c’est ainsi qu’ils parvinrent eux aussi à Éphrem peu après l’arrivée de Jésus.

Lorsque les disciples virent approcher les six docteurs de la loi, ils prévinrent Jésus, car ils craignaient pour leur tranquillité. Mais Jésus dit avec bonté :

« Laissez-les approcher et ne leur rendez pas le chemin plus difficile ! Ils ne veulent pas attenter à mes jours. »

Or, ces hommes se tenaient déjà devant Lui. Ils étaient venus de grand cœur, non pour se livrer à des investigations ou pour juger, mais pour voir Celui que leur âme attendait. Et, avec miséricorde, l’Amour de Dieu ouvrit les yeux de leur esprit, de sorte qu’ils virent la Lumière qui entourait Jésus. Ils virent aussi la Colombe planer au-dessus de Sa tête et, en proie à une profonde émotion, ils tombèrent à genoux.

« Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! » Telle fut leur prière.

Ils ne trouvèrent que les mots du psaume de David pour exprimer ce qui faisait déborder leur âme.

Une joie bienheureuse envahit Jésus. Des docteurs de la loi avaient reconnu la Vérité ! Des pharisiens avaient trouvé le chemin jusqu’à Lui et, par là même, celui qui mène à Dieu. Son activité n’avait donc pas été vaine !

« Père, je Te remercie d’avoir guidé ces cœurs », dit-Il, les yeux brillants.

Puis Il se tourna vers les hommes et, avec bonté, les aida à se relever.

Alors commença un échange de questions et de réponses, de requêtes et d’aide que, très étonnés, les douze suivirent attentivement. C’était tellement plus facile pour Jésus de parler avec des hommes qui Le comprenaient grâce à l’ancien savoir qu’ils portaient, non déformé, en eux. Évidemment, Il devait redresser ou rejeter bien des choses, mais leur âme réceptive trouvait tout naturellement la clé de Ses paroles.

Il leur annonça maintes choses qu’Il ne pouvait encore dire à Ses disciples et, au bout de quelques jours, ces nouveaux disciples - ils avaient demandé la grâce de le devenir - expliquaient déjà aux autres les paroles de Jésus de façon plus claire, plus compréhensible et surtout plus juste que ne l’avait jamais fait Judas.

Dans l’âme de ce dernier s’éveilla alors une jalousie dévorante. Il y avait des années qu’il cheminait avec Jésus, et ces docteurs, qui ne les avaient rejoints que depuis peu, comptaient déjà plus qu’eux tous pour le Maître !

Ce que pensaient les disciples ne pouvait échapper au regard du Seigneur. Comme il était regrettable que Judas retombât sans cesse dans ses anciennes fautes ! Ce poison ne devait pas ronger le cœur d’un disciple. Et Il appela les douze.

Ils prirent place autour de Lui comme ils avaient l’habitude de le faire. Puis Il commença à raconter.

Il leur parla d’un riche vigneron qui, n’ayant pas suffisamment d’aides au moment de la vendange, embauche ceux qu’il trouve. Cependant, il leur promet à tous le même salaire, qu’ils aient commencé leur travail le matin, à midi ou même vers le soir. Lorsque, au moment d’être payés, tous reçurent effectivement la même somme, ceux qui avaient travaillé le plus longtemps dans les vignes protestèrent. Le propriétaire du vignoble le leur reprocha en ces termes : « N’avez-vous pas tous reçu ce qui vous avait été promis ? Est-ce à vous de me dire ce que je dois donner ? Pourquoi êtes-vous jaloux des autres au lieu de vous réjouir d’avoir pu travailler et d’avoir reçu un salaire ? »

Jésus se tut et considéra les disciples. Certains ne comprenaient absolument pas pourquoi Il leur avait raconté cette histoire justement à ce moment-là. C’étaient ceux qui n’avaient pas murmuré intérieurement.

Quelques-uns cependant commençaient à se poser des questions. Ils comprenaient ce que leur Maître voulait leur dire, et ils avaient honte. Seul Judas n’était pas satisfait :

« Les journaliers n’avaient-ils pas raison, Seigneur ? N’était-il pas injuste que l’on ait fait si peu de cas de leur surcroît de travail ? »

Jésus regarda tristement le disciple.

« Judas, tu oublies que les ouvriers étaient à la rue, sans travail, et que si le vigneron ne les avait pas embauchés, ils auraient souffert de la faim.

Lorsqu’il les a engagés, ceux-ci se seraient même contentés de moins que ce qu’il leur promit. Ce n’est que lorsque les autres en reçurent autant qu’eux qu’ils émirent des exigences. Non, ils ont très mal agi en murmurant contre la bonté de leur maître. »

Jésus s’adressa ensuite aux autres et leur annonça qu’une période de travail intense allait à présent commencer pour eux. C’était précisément pour ce travail qu’ils étaient là ; leur récompense serait le salut de leur âme ! Il leur fallait être préparés pour accomplir correctement leur mission. Qui pouvait encore être envieux, alors que le Seigneur était heureux d’avoir trouvé des ouvriers sachant déjà manier l’outil de la parole ? Sur ce, Judas se leva et se rendit à Éphrem afin d’aller chercher des vivres. Soucieux, Jésus le suivit des yeux. Malgré tout Son Amour et toute Sa sollicitude, Il ne réussirait pas à retenir ce disciple. Et les mots qu’Il avait entendus quelques nuits auparavant se présentèrent soudain devant Son âme :

« L’un des tiens est une créature de Lucifer ! »

A présent également, ces mots semblaient résonner autour de Lui. « Une créature de Lucifer ! » Il pensa que tous les disciples devaient les entendre eux aussi, mais ils bavardaient avec insouciance ou méditaient sérieusement Ses paroles.

L’âme de Jésus fut saisie d’une immense pitié. Pauvre Judas !

Quelques jours plus tard, Jésus informa Ses disciples qu’Il comptait se rendre à Jérusalem pour la fête. Ils se mirent en route suffisamment à l’avance pour ne pas se trouver dans la terrible cohue de ceux qui se dirigeaient vers Jérusalem, mais cela ne servit à rien : à peine la nouvelle de la venue de Jésus s’était-elle répandue que les gens affluèrent de tous côtés. Le Maître ne trouvait de repos ni de jour ni de nuit.

Lazare vint à Sa rencontre et Le pria d’occuper avec les douze sa maison de Béthanie ; là-bas, la foule impétueuse serait sans doute plus facile à contrôler ou à écarter. Mais lorsque le bruit se répandit que Lazare, le ressuscité, se trouvait auprès de Jésus, le peuple demanda avec encore plus d’insistance à les voir tous deux.

Impuissants devant cet assaut, les disciples devinrent irritables. Jésus le leur reprocha : « Laissez-les, ils ne peuvent agir autrement ! Remémorez-vous le temps où, vous aussi, vous auriez tout risqué et tout fait pour me voir et être près de moi ! »

Ils avaient complètement oublié ce temps. Il leur semblait qu’ils avaient toujours été auprès de Jésus. Toutes les erreurs qu’ils avaient commises et toute la patience dont le Seigneur avait dû faire preuve à leur égard étaient effacées de leur mémoire. Ils n’avaient ni patience ni compréhension pour les autres. C’était grave.

Marie de Béthanie remarqua immédiatement qu’une certaine oppression pesait sur les disciples, ce qui la rendit soucieuse pour Jésus. Il avait besoin d’un entourage harmonieux et non de l’instabilité continuelle des disciples qui perdaient si facilement le sens de la mesure.

Quand l’apprendraient-ils ? Elle ne savait pas qu’elle possédait elle-même à un degré élevé ce qu’elle regrettait tant de ne pas trouver chez les autres. C’était précisément sa paix intérieure qui rendait si agréable pour Jésus Son séjour dans sa maison. Il n’y régnait aucune joie excessive, pas plus que la moindre manifestation désagréable d’irritation ou d’inquiétude. Déjà extérieurement, sa maison était d’une beauté simple et discrète, et chaque objet s’y trouvait à sa place ; de même, les pensées et les intuitions vibraient, belles et claires, à travers les différentes pièces.

Lazare et Marie y vivaient en parfaite harmonie. Seule Marthe, leur sœur aînée, qui était la fille de la première femme du père, avait une nature différente. Cependant, sous l’influence de son frère et de sa sœur, et surtout depuis qu’elle suivait Jésus, elle avait tempéré sa nature exubérante et agitée. Son besoin de servir avait pris des formes qui n’étaient plus importunes pour les autres.

Si quelqu’un pénétrait dans ce havre de paix sans être lui-même intérieurement en harmonie, il se faisait infailliblement remarquer, et Marie, à sa manière tranquille, faisait en sorte qu’il se transformât.

Jésus s’était rendu avec Lazare dans le jardin situé derrière la maison, et Marthe veillait fidèlement à ce que personne ne les dérangeât. Marie s’approcha alors des disciples.

« Pourquoi baissez-vous la tête ? Que vous est-il arrivé ? » voulut-elle savoir.

Aucun d’entre eux n’aurait refusé de répondre à Marie en laquelle ils voyaient une sœur bienveillante. Mais, avant qu’ils n’aient pu le faire, le regard de Marie se posa sur eux : « Où est Judas ? Pourquoi n’est-il pas avec vous ? Je ne l’ai pas vu non plus à table. »

« Peut-être est-il avec ceux qui se sont installés dehors », répondirent-ils. « Il s’isole souvent. Nous ne savons pas pourquoi. »

« Dès lors, qu’est-ce qui assombrit votre âme ? » demanda à nouveau Marie.

Ils donnèrent alors libre cours à leur désespoir. Jésus était mécontent d’eux, et Il avait toutes les raisons de l’être. Comment avaient-ils pu tout oublier à ce point !

Marie les regarda d’un air grave.

« A vrai dire, moi non plus, je ne le comprends pas », dit-elle pensive. « Vous ne voulez pourtant pas être des serviteurs infidèles ! Vous souvenez-vous de la parabole du serviteur auquel son maître a remis sa dette et qui a ensuite presque étranglé l’un des autres serviteurs pour des dettes moins importantes ? Au moment où Jésus vous a raconté cela, je savais déjà qu’Il voulait vous donner un avertissement. »

« Pourquoi ne pas nous l’avoir dit, Marie ? » l’interrompit Pierre en s’emportant.

« Tout doit-il toujours être dit ? » répliqua-t-elle. « N’aurait-il pas mieux valu que vous ressentiez vous-mêmes cet avertissement ? N’avez-vous donc pas encore compris que Jésus ne raconte jamais une parabole ou une histoire sans avoir une raison particulière de le faire ? Prenez garde à chacune de Ses paroles ! »

A présent, ils baissaient la tête encore davantage ; ils semblaient si bouleversés que Marie dut les consoler et les aider. Elle leur dit donc avec bienveillance :

« Vous laisser aller sans retenue à votre douleur n’arrange rien. Vous avez reconnu votre faute. Eh bien, agissez autrement à l’avenir et faites mieux ! La tristesse que vous ressentez à votre propre sujet ne peut en rien aider le Maître ; au contraire, elle trouble Ses jours terrestres. »

Puis elle poussa un profond soupir.

« Loin de nous l’intention de L’affliger ! » s’écrièrent les disciples dans leur désarroi.

Une confiance nouvelle emplit leur âme candide et non déformée, ouvrant ainsi la voie à la Force d’En-Haut dont ils avaient besoin pour aller leur chemin de la bonne manière.

« Le Maître a dit récemment qu’Il ne resterait plus très longtemps parmi nous », dit André. « Sais-tu quelque chose à ce sujet, Marie ? »

« Il ne m’en a rien dit, » répondit-elle, les lèvres tremblantes, « mais dans mon cœur, je le sens et je le sais : on peut compter les jours durant lesquels nous aurons encore la grâce d’avoir Jésus parmi nous. L’autre nuit, je L’ai vu, radieux et rayonnant comme un ange, suivre un sentier que je ne connaissais pas. Nous étions tous là dans la douleur et l’affliction, et nous Le suivions des yeux. Je suis persuadée que cette image me fut montrée pour affermir mon âme. »

Le lendemain, quelques Grecs vinrent à Béthanie. Ils rencontrèrent Philippe, que l’un d’entre eux connaissait, et ils s’adressèrent à lui :

« Nous voudrions tant voir Jésus, qui est le Christ. Certes, nous savons qu’Il est le Christ des Juifs, mais s’Il l’est réellement, Il ne repoussera pas des âmes qui désirent ardemment le salut ! »

Philippe leur demanda d’attendre et il entra dans la maison. Il y trouva André et lui demanda ce qu’il convenait de faire. Le disciple le regarda avec étonnement :

« Ce n’est pas à nous d’en décider. Viens, nous allons le demander au Seigneur. » Ils s’approchèrent donc de Lui pour Lui faire part de la requête des Grecs. « Je vais aller les rejoindre », décida Jésus.

Maintenant que Sa Mission touchait à sa fin, Il attirait des gens de différents peuples et de toutes conditions. Cela avait été prévu par la Volonté de Dieu, afin que Sa Parole fût répandue dans tous les pays.

Lorsque les hommes Le virent, ils Le reconnurent. L’un d’eux s’approcha, s’inclina et dit :

« Il m’est donné de voir les dieux auxquels nous croyons mais, en vérité, ni Jupiter ni Apollon ne sont aussi saints ni aussi purs que celui-ci. En vérité, Jésus est le Christ, l’être le plus élevé que le monde ait jamais vu ! »

Bouleversés, les autres s’inclinèrent à leur tour. Et Jésus dit :

« Hommes d’un pays ensoleillé, le salut est venu à vous, car vous avez su voir et reconnaître ceux qui vous entourent de façon invisible, mais vous n’avez pas mis ce salut à profit. Au lieu de vous laisser conduire par eux vers Celui qui est le seul vrai Dieu, vous vous êtes arrêtés à eux et vous les avez adorés. Retournez auprès de votre peuple et rapportez ce que vous venez de voir. »

« Mais auparavant, Seigneur, parle-nous du vrai Dieu », supplièrent-ils. « Nous en savons si peu à Son sujet. »

Jésus exauça leur requête.

C’était avec une joie toujours renouvelée que les disciples écoutaient ce qui leur était déjà connu.

Jésus parla des ténèbres qui entouraient la Terre et l’humanité au point que, d’ici peu de temps, tout sombrerait dans une profonde obscurité. Il expliquait toujours cela avec d’autres mots afin de le rendre proche du cœur des hommes, et les disciples se réjouissaient lorsqu’ils le comprenaient. Ils s’attendaient donc à ce que Jésus poursuivît en disant : « Mais lorsque les ténèbres menacèrent de tout engloutir, Dieu envoya Son Fils né en Lui afin qu’Il apportât la Lumière au monde. »

Ce jour-là, Jésus s’exprima autrement et il parla aux Grecs de la lumière qu’Apollon leur avait apportée jusqu’alors.

« A-t-elle été suffisante pour éclairer le monde, les âmes humaines et toutes vos actions ? » demanda-t-Il avec insistance.

« Non, Seigneur, elle n’a pas suffi. Nous avons alors appris que, quelque part sur Terre, le Christ était attendu, l’Oint de Dieu, et nous avons ardemment désiré Le rencontrer. Imagine notre joie, notre allégresse lorsque nous avons appris à Jérusalem que le Christ était là ! »

« La lumière n’était donc pas suffisante », dit Jésus en renouant patiemment le fil interrompu. « Il fallait par conséquent que vienne quelqu’un qui puisse apporter encore plus de lumière. Dans l’Olympe, où demeure Apollon, règne une lumière claire et rayonnante. Mais puisqu’elle ne suffisait pas, il fallait que descende sur Terre quelqu’un qui vienne de plus haut. Comprenez-vous cela ? »

Les Grecs acquiescèrent.

« Dieu voulait qu’une aide fût apportée aux hommes. Il eut pitié et envoya sur Terre une partie de Lui-même, car le Père et moi sommes un. N’oubliez pas cela ! Et le Fils de Dieu a pu puiser la Lumière tout en haut. Il peut vous annoncer Dieu comme aucun homme ne peut le faire. Vos dieux auraient pu vous dire maintes choses sur Dieu, mais ils ne savent pas tout non plus. Ils ne L’ont jamais vu. Mais moi je L’ai vu dans toute Sa Magnificence. Je retournerai à Lui lorsque ma Mission ici-bas sera accomplie. C’est alors que la vôtre commencera. »

« Seigneur, » dit l’un des Grecs, un vieil homme aux traits nobles, « Seigneur, si Ta Mission consiste à apporter la Lumière au monde, Tu devras rester encore longtemps parmi nous ! Cela pourra prendre des centaines d’années avant que le monde ne redevienne lumineux. »

Jésus secoua la tête.

« Tu confonds “apporter la Lumière” et “faire la lumière”. Si j’apporte ici-bas la Lumière, la connaissance de Dieu et des Lois éternelles, cela doit suffire. Les petites flammes que j’ai allumées dans vos âmes devront désormais continuer à brûler jusqu’à ce qu’elles deviennent fortes, se propagent et finissent par enflammer le monde. Prenez soin de vos petites flammes ! Malheur à celui qui laissera s’éteindre sa flamme ! Il lui faudra brûler, non pas dans la Lumière de la Vérité éternelle, mais dans le feu où sont jetés les sarments inutiles. »

A ce moment précis, Judas, qui s’était tenu éloigné pendant deux jours, franchit la porte qui fermait le pâturage. Il regarda le groupe d’un air mécontent. Qu’était-ce ? Jésus recevait des Grecs à présent ! Les disciples ne pouvaient-ils pas être plus vigilants ? Il fit signe à Pierre de s’approcher et lui dit d’un ton impérieux : « Où aviez-vous donc la tête ? Comment avez-vous pu laisser des Grecs s’approcher du Maître ? Si les Juifs l’apprennent, ils deviendront méfiants, et il sera difficile pour Jésus de se faire proclamer roi ! »

« Que dis-tu là ? » gronda Pierre. « Jésus ne songe nullement à devenir roi. Il ne parle que de retourner dans Sa Patrie, et notre cœur est dans la peine rien qu’en y pensant. »

Jésus n’avait jeté qu’un bref regard à Judas lorsqu’il s’était approché. Au bout d’un moment, Il fit un signe de la main aux disciples pour qu’ils se taisent et, sans se laisser troubler, Il continua à parler :

« J’ai allumé la petite flamme de Lumière dans toutes les âmes de ceux qui cherchaient et qui sont venus à moi. Cependant, seuls quelques-uns parmi vous ont compris comment faire remonter du fond de leur âme assez d’huile pour que la mèche en soit imprégnée et brûle d’une flamme claire. Mais les ténèbres luttent contre mes petites flammes, car elles savent que lorsqu’elles brûleront toutes comme il se doit, la Lumière deviendra si forte qu’elle dissipera toutes ténèbres. C’est pourquoi elles essaient dès maintenant d’éteindre ces flammes si délicates et allument des feux artificiels dont l’éclat éclipse provisoirement mes lumières. Or, les feux des ténèbres sont éphémères, illusoires et funestes. Ils brûlent comme les vapeurs malsaines que nous avons vues ces derniers temps au-dessus des marais. »

« Seigneur, » demanda Thomas inquiet, « pouvons-nous remarquer quand ces feux brûlent en nous ? »

« Certainement, Thomas, vous le pouvez », dit Jésus en le rassurant. « Sache que mes petites flammes brûlent dans l’âme alors que les feux des ténèbres flambent dans l’intellect. »

Thomas tourna machinalement la tête vers l’endroit où Judas s’était assis. Celui-ci rougit d’indignation.

« Seigneur, penses-Tu à moi en disant cela ? » demanda-t-il d’un ton de défi. D’une voix calme et sévère, Jésus répondit :

« Tu le sais. »

Alors Judas se leva et entra dans la maison. Tout en lui se révoltait. Lui dire cela à lui, à lui qui était si fier de son intelligence supérieure ! Il n’avait pas remarqué que Marie l’avait suivi. Elle posa doucement la main sur son épaule.

« Ne prends pas cela ainsi, Judas », lui dit-elle du fond du cœur. « Vois-tu, quand notre Seigneur t’avertit, Il le fait par Amour miséricordieux. Regarde en ton cœur et vois si tu peux encore y trouver un peu de sa petite flamme. Ensuite, éteins le mauvais feu qui menace de te consumer et de t’anéantir. Tu ne trouveras aucune paix avant de l’avoir fait. »

« Que sais-tu de ce qui se passe en moi, Marie ? » demanda Judas, mais il avait perdu son arrogance ; sa voix était triste.

« Judas, le rayonnement qui t’entourait, comme c’est le cas de tous ceux qui ont la grâce de vivre près de Jésus, a complètement disparu. Crois-tu que je ne m’en sois pas aperçue ? J’ai peur pour toi. Tu es pourtant Son disciple ! Les ténèbres vont-elles vraiment t’arracher à Lui ? Ressaisis-toi, Judas ! »

Deux grosses larmes roulèrent sur le visage amaigri du malheureux disciple. Il ne s’en rendit pas compte. Les paroles de Marie avaient fait ressortir tout ce qu’il y avait de bon en lui. Il la regarda :

« Je te remercie, Marie. Je vais chercher la petite flamme. Mais toi, dis à notre Seigneur que je regrette ce que j’ai fait. Oui, je le regrette ; je le regrette plus que tu ne le crois », ajouta-t-il avec véhémence.

Il quitta ensuite la maison et le jardin par une porte secondaire. Il prenait sa résolution au sérieux. Si, à ce moment-là, il était retourné auprès de Jésus, la flamme qui était en son for intérieur aurait peut-être été à nouveau alimentée. Mais il préféra rester seul et, une fois de plus, la lumière vacillante s’éteignit.

Pendant ce temps, Jésus parlait de la conversion du pécheur, de la joie qui règne même parmi les anges du ciel lorsqu’un égaré se retrouve sur le bon chemin. Fascinés, tous l’écoutaient.

Au bout d’un moment, l’un des Grecs demanda :

« Seigneur, qu’en est-il de la naissance ? Dans notre pays, certains enseignent qu’avec la mort tout est fini à jamais. D’autres disent qu’après la mort nous allons dans l’Olympe ou dans un autre lieu de félicité, et peut-être aussi dans un lieu de châtiment, mais quelques-uns pensent que nous revenons sans cesse sur cette Terre. Qui a raison ? »

Il avait posé sa question avec humilité. Jésus sentait qu’elle était importante pour lui, et qui plus est, que cet homme était animé d’une foi solide qu’il voulait confirmer à tout prix.

Voilà pourquoi, au lieu de répondre, Jésus demanda :

« Quel enseignement te paraît être le bon ? » Et le Grec répondit avec fougue :

« Seigneur, si je devais croire que nous ne venons en ce monde que pour une courte vie et qu’ensuite nous disparaissons ou que nous continuons à vivre ailleurs, je ne pourrais que douter de la Sagesse de Dieu. Je suis de l’avis de ceux qui disent que nous pouvons et devons revenir jusqu’à ce que nous ayons atteint un certain but. »

« Et quel est ce but ? » demanda Jésus avec un vif intérêt.

« Pouvoir nous rapprocher de la Divinité », répondit le Grec en suivant son intuition, et Jésus le comprit.

« Tu vois juste », dit-Il avec bonté. Mais une tempête s’éleva alors parmi les disciples.

« Seigneur, Tu ne nous as encore jamais dit cela ! Pourquoi nous l’asTu caché ? Ai-je, moi aussi, déjà été sur Terre ? Étais-je aussi Juif à ce moment-là ? Quand ai-je déjà vécu ? Combien de fois ? »

Jésus leva la main, mais Il souriait.

« Vous avez vous-mêmes donné la réponse », dit-Il. « Vous ne m’avez jamais interrogé à ce sujet. Vous êtes d’ailleurs loin d’être assez mûrs pour cela. C’est pourquoi je ne vous en ai pas parlé. La seule chose qui vous importe, c’est d’en apprendre le plus possible sur votre passé au lieu de poser des questions sur le fait de renaître sur cette Terre. Ne vous suffit-il pas d’être à présent près de moi et de recevoir d’En-Haut Lumière et Force ? »

Puis Il s’adressa à nouveau au Grec qui lui plaisait tout particulièrement : « Fais en sorte que cette vie te rapproche de Dieu, et tu n’auras plus à porter ce vêtement terrestre qu’une seule fois. Lorsque le Fils de l’Homme séjournera sur Terre, il te sera permis d’être auprès de Lui et de Le servir, car je vois dans ton cœur la flamme brûler avec ardeur. »

Le Grec tomba à genoux et pria à voix basse, comme il avait l’habitude de le faire. Jésus posa la main sur sa tête et le bénit, et ce fut comme si un feu traversait et pénétrait cet homme. Plus tard, à Éphèse, sa ville natale, il construisit un temple pour Dieu, le Seigneur, et il annonça Dieu jusqu’à ce qu’un disciple de Jésus se chargeât de cette tâche.

Il semblait que désormais le calme devait chaque jour être troublé à Béthanie.

Alors que, le matin suivant, assis sous les arbres du jardin, Jésus s’entretenait gravement avec Ses disciples et les Grecs, un voyageur s’approcha à pas précipités, comme s’il avait hâte d’arriver au but. Il entra impétueusement dans le jardin ; il était couvert d’une poussière qui témoignait d’une longue marche.

Surpris, Jésus leva les yeux : son frère Jacques était devant Lui.

« Jacques, toi ! » s’écria-t-Il. « Que m’apportes-tu ? »

« Moi-même, frère », dit, encore tout essoufflé, celui qu’Il interrogeait. « Je n’étais plus en paix à Nazareth. Depuis notre dernière rencontre, Jean et moi, nous n’avons plus parlé d’autre chose. Nous savons qui Tu es. C’est devenu pour nous une certitude inébranlable. Mais, à partir de cet instant, il fut clair pour nous que notre place était auprès de Toi. Bien entendu, nous ne pouvions abandonner tous deux l’atelier et notre mère. Nous avions donc décidé que Jean irait avec Toi et que moi, je resterais à la maison pour m’occuper de la famille. Finalement, les choses se sont déroulées différemment ! » dit-il après une légère hésitation.

Jésus le pria de s’asseoir et demanda aux disciples d’apporter un peu d’eau au voyageur fatigué. Ce n’était toutefois plus nécessaire, car Marthe sortait déjà de la maison avec un repas.

Les disciples, qui avaient compris le signe discret de leur Maître, Le laissèrent seul avec Son frère. Avant de commencer à manger, Jacques alla se laver les mains et le visage. Il faisait tout avec des gestes précipités qui témoignaient de son agitation intérieure. Qu’est-ce qui avait bien pu perturber cet homme d’ordinaire si calme ? Jésus n’allait sans doute pas tarder à l’apprendre.

Entre-temps, Il réfléchissait à tout ce dont Il pouvait encore se souvenir concernant Jacques durant leur enfance. Celui-ci revint précipitamment, prit place près de Jésus et commença à manger comme le font les personnes qui sont fortement préoccupées. Jésus le laissa faire. Une fois sa faim assouvie, Jacques s’installa plus confortablement, croisa les mains et regarda Jésus, puis il demanda soudain :

« Alors, puis-je rester près de Toi, je ne veux pas dire pour quelque temps, mais pour toujours ? »

« Bien sûr que tu le peux, frère », répondit Jésus d’une voix douce.

Ainsi, l’un des siens venait tout de même à Lui. Il n’avait pas été blessé que Sa famille terrestre n’eût pas trouvé le chemin vers Lui, ni extérieurement ni intérieurement. Mais lorsque Jacques arriva et qu’il Lui parla de Jean, cela Lui fit malgré tout plaisir.

« Vois-tu, » reprit Jacques, « je voulais à vrai dire renoncer par Amour pour Jean, bien qu’il me semblât que ma vie en dépendait. Étant le plus fort des deux, je croyais qu’il était de mon devoir de rester à l’atelier. C’est alors que, ces derniers jours, nous avons entendu dire que les Juifs voulaient attenter à Ta vie. Que Dieu les maudisse ! »

A ces mots, le visage de Jésus s’était assombri. Jacques était très embarrassé.

« Non, je ne voulais pas dire cela mais je le pense ! »

Et voilà qu’il s’embrouillait encore davantage ! Il reprit donc :

« Nous avons entendu dire que les Juifs cherchent à Te prendre en défaut. Nous avons donc pensé que les bras les plus forts Te seraient utiles. Voilà pourquoi c’est moi qui suis venu. »

« Tu as bien fait de venir, Jacques », dit Jésus avec douceur.

« Cependant, ce n’est pas pour que tu te battes pour moi que j’ai besoin de toi, mais pour que je puisse te léguer une partie de la Vérité éternelle que je devais apporter au monde. Il faudra que tu œuvres parmi les Juifs. Tu comprends leur nature. »

« Frère, Tu parles exactement comme si Tu voulais nous quitter. Et pourtant, le moment n’en est pas encore venu. »

A partir de ce jour, Jacques resta parmi les disciples et, plus tard, se fondant sur cet entretien, il se reconnut le droit d’agir parmi eux avec autorité. Le soir même, les douze étaient réunis autour de Jésus. Les Grecs et Jacques se tenaient à l’écart. L’initiative en revenait au Grec que Jésus avait béni. Grâce à sa fine intuition, il savait quand le Fils de Dieu désirait être seul avec les disciples qu’Il avait choisis.

Tous étaient sur le point de s’installer pour prendre leur repas lorsque Jésus remonta le bas de Son vêtement dans Sa ceinture. Ils Le regardèrent avec étonnement. Qu’avait-Il l’intention de faire ? Comme s’il s’agissait d’une chose toute naturelle, Jésus prit un récipient plein d’eau et se mit à laver les pieds de celui qui était assis le plus près de Lui. C’était bien agréable après leur longue marche dans la poussière de la route, pensaient-ils, mais on aurait pu attendre que le repas fût terminé. Rien de semblable ne s’était jamais produit. Et que le Maître Lui-même leur rendît ce service les troublait tous. Avec la rapidité de l’éclair, certains se demandèrent :

« Serait-ce un exemple ? Aurions-nous dû agir ainsi, alors que nous n’y avons pas songé ? » D’autres se creusaient la tête : « Devrons-nous désormais nous laver les pieds avant le repas ? Nous nous sommes toujours lavé les mains. Le Maître veut-Il nous montrer que cela ne suffit pas ? »

Mais Pierre, qui ne pouvait faire autrement qu’exprimer ses pensées, se défendit lorsque son tour arriva : « Seigneur, il m’est absolument impossible de me laisser laver les pieds par Toi ! Mais si c’était moi qui Te rendais le même service, ce serait différent. »

Jésus, qui était déjà agenouillé devant lui, leva la tête et sourit : « Pierre, ne sens-tu donc pas que ce n’est pas seulement un acte terrestre ? Si je ne te lave pas les pieds, d’anciennes fautes resteront attachées à toi. »

A présent, Pierre avait compris ce que faisait le Seigneur, et il venait aussi de comprendre ce que son refus aurait pu signifier pour lui. Avec fougue, il balbutia : « Seigneur, s’il en est ainsi, lave-moi de la tête aux pieds ; j’en ai grand besoin ! »

A nouveau, Jésus sourit :

« Pierre, quand apprendras-tu à ne pas dépasser la mesure ? L’aiguille de ta balance oscille constamment d’un côté à l’autre ; tu veux toujours trop peu, ou trop. Ne crois-tu pas que je sache exactement dans quelle mesure tu as besoin d’être lavé ? Vous êtes purs grâce à votre solide bon vouloir. Vous avez accompli ce que vous pouviez faire. Je vous purifie à présent afin qu’aucune trace de fautes anciennes ne s’attache à vous et ne vous entrave ! Veillez à ne pas en faire naître de nouvelles ! »

En silence et d’une main légère, Jésus lava les pieds de Pierre et ceux des disciples suivants. Maintenant qu’ils savaient ce que signifiait cet acte, il leur était sacré. Ils n’osaient le troubler par la moindre parole. Et Jésus reprit :

« J’ai dit que vous étiez purs, mais cela n’est pas valable pour tous. L’un d’entre vous n’a pas réussi à arracher d’une main ferme les liens qui le rattachaient au monde. Je veux l’aider lui aussi, mais mon aide n’aura de valeur pour lui que s’il le veut lui-même. »

Les disciples se regardèrent craintivement. Quel pouvait bien être celui dont parlait ainsi le Seigneur ?

« Vous vouliez vous opposer à ce que je vous rende ce service que l’on considère comme avilissant », continua Jésus. « Vous savez maintenant pourquoi j’ai agi ainsi, mais j’avais encore une autre intention : je voulais vous donner un exemple pour vous montrer que, dans l’Amour du prochain, aucun travail n’est trop insignifiant. Suivez-moi aussi en cela.

Je suis venu de l’Amour éternel. Ce que vous les hommes appelez Amour n’est même pas un reflet de ce qu’est l’Amour qui vit Là-Haut dans la Lumière. J’ai voulu faire descendre sur cette Terre enténébrée une partie de cet Amour éternel. Cherchez-le dans mes actes et dans mes paroles afin de reconnaître ce qu’est le véritable Amour.

Et si vous l’avez tant soit peu pressenti, aspirez de toutes vos forces à ce qu’il devienne vivant en vous. Telle une source sacrée et purificatrice qui détruit et élimine tout ce qui est bas, il doit se répandre à travers tous vos actes, toutes vos paroles et toutes vos pensées. Aimez-vous les uns les autres d’un Amour fort et sévère. Ce n’est pas de l’Amour que d’enlever toute pierre du chemin d’autrui, que de parler en termes doucereux et flatteurs, alors que votre âme ressent tout autre chose. Le véritable Amour voit les fautes de l’autre et l’aide à les surmonter.

Je vais vous raconter une parabole : voyez les fleurs des champs. Elles ont besoin des rayons du soleil pour s’élever vers la lumière. Si Dieu portait à Sa Création un Amour semblable à celui des hommes, Il devrait dire : mes fleurs ne doivent jamais être privées de l’éclat du soleil qui doit nuit et jour effleurer et caresser fleurs et feuilles. Vous riez ? Vous voyez déjà ce qu’il adviendrait de ces plantes : ce seraient de très longues tiges sans force, sans couleur et sans fleurs, ou bien des broussailles desséchées. »

A présent, les pieds du dernier disciple étaient lavés. Jésus se releva, et ils s’assirent tous pour le repas. La tension qui s’était emparée d’eux disparut, et ils recommencèrent à parler. Mais Jean, que les paroles de Jésus avaient profondément bouleversé, osa demander :

« Seigneur, lequel d’entre nous n’est pas assez pur ? Est-ce moi ? »

L’espace d’un instant, les yeux de Jésus se posèrent, interrogateurs, sur le disciple qui L’avait toujours le mieux compris. Pourquoi posait-il une question aussi stupide ? Il devait bien savoir où il en était !

Mais Il ne lut dans les yeux de Jean qu’une douloureuse inquiétude dont Il voulut le délivrer. Il examina gravement le groupe des disciples et dit :

« L’un de vous me trahira. »

Ce mot tomba au milieu d’eux comme une pierre. Trahir ! Trahir Jésus ! Et ce serait l’un d’entre eux ! Aucun ne croyait cela possible, ni de sa part ni de celle des autres. Un flot de questions assaillit le Maître :

« Seigneur, est-ce moi ? Qui est-ce ? »

Judas ne posa aucune question. Ce qu’il avait en tête ne pouvait tout de même pas être une trahison !

Alors Jésus se tourna vers lui pour lui montrer qu’Il pénétrait ses intentions :

« Ce que tu veux faire, fais-le rapidement ! »

Les autres ne se doutaient pas de ce que signifiait ce « faire ». Quant à Judas, il fut parcouru de frissons ; il se leva de table et quitta la pièce.

L’atmosphère devint-elle plus légère lorsque Judas fut parti ? Inconsciemment, tous le ressentirent ; tout était devenu plus clair, plus beau, plus libre. Ce qui les avait oppressés auparavant avait disparu. Sans la moindre contrainte, ils se détendirent et jouirent pleinement de la présence de Jésus.

Après le repas, les Grecs, de même que Jacques, Lazare et ses sœurs, rejoignirent Jésus.

Et le Maître se mit à parler :

« Je ne serai plus longtemps parmi vous. Je me sens poussé à vous dire encore bien des choses. »

Pierre l’interrompit : « Seigneur, où vas-Tu ? Emmène-nous ! »

« Cette fois, tu ne peux pas me suivre, Pierre », répondit Jésus, sans lui faire remarquer qu’il L’avait interrompu. « Aspire de toute ton âme à pouvoir me suivre plus tard. »

« Seigneur, pourquoi ne puis-je Te suivre cette fois-ci ? La vie m’importe peu et je l’abandonnerais pour Toi avec joie. Je veux Te suivre ! »

« Pierre, Pierre, contente-toi de ce que je t’ai dit ; tu pourras me suivre plus tard. Auparavant, tu as encore beaucoup d’efforts à faire sur toi-même. Avant que le coq n’ait chanté trois fois, tu me renieras trois fois. »

Épouvanté, Pierre regarda le Seigneur qui le croyait capable d’une chose pareille. Il donnerait ses biens et son sang pour Jésus s’il le fallait, et le Maître croyait que lui, Pierre, pourrait Le renier ! Cependant, Jésus poursuivit :

« Je vous dis dès aujourd’hui que je vais vous quitter pour que, lorsque le moment sera venu, vous puissiez continuer vaillamment votre route. Ne craignez rien, ni pour vous ni pour moi ! Je vais au Père. Mais, en partant, je vous prépare le chemin pour que vous puissiez me suivre plus tard. »

« Seigneur, lorsque Tu ne seras plus auprès de nous, comment trouverons-nous le chemin que Tu nous prépares ? À quoi le reconnaîtrons-nous ? » demanda Thomas, toujours prudent.

« Thomas, » répondit le Maître, « je vous ai parlé du Père, et je vous ai ainsi montré le chemin qui conduit à Lui. Je suis le chemin qui mène à Lui, je suis la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi ! »

Philippe supplia alors :

« Seigneur, montre-nous le Père avant de nous quitter ! »

« Combien de fois vous l’ai-je déjà dit : moi et le Père, nous sommes un », répondit le Seigneur.

« Regardez-moi, et vous verrez le Père ! Vous pouvez aussi Le reconnaître dans Ses œuvres, de même que dans celles que j’accomplis en Son nom. »

Et, une fois de plus, Il leur parla du Père et de la Force qui, à travers Lui, était descendue sur eux tous. Alors Jacques, le frère du Seigneur, se leva, alla vers Jésus et dit :

« Seigneur, ce n’est que depuis hier que je suis auprès de Toi. Si Tu nous quittes maintenant, que vais-je devenir ? Je n’ai encore rien ressenti de la Force que Tu as offerte à tous les disciples. Je veux Te servir, même lorsque Tu seras retourné auprès de Dieu. À moi aussi, donne-moi de Ta Force. »

Ces paroles résonnèrent, suppliantes. La décision de Jacques était sérieuse.

« Va en paix, Jacques », reprit Jésus. « La Force d’En-Haut se répandra, même lorsque je ne serai plus parmi vous. Si vous vous ouvrez comme il se doit, elle pénétrera en vous et vous rendra plus forts. Elle viendra à vous pour vous consoler, vous exhorter et vous aider. Aussi longtemps que, sur Terre, un seul être humain la désirera ardemment, elle lui sera accordée jusqu’à ce que vienne le Fils de l’Homme, qui apportera un renouvellement de la Force de Dieu. »

L’un des Grecs demanda alors :

« Christ, cela est-il aussi valable pour nous, ou seulement pour eux ? » Et Jésus répondit : « N’ai-je pas dit : aussi longtemps qu’un être humain la désirera ardemment ? C’est intentionnellement que je n’ai pas dit : un Juif, car la prérogative des Juifs prend fin à partir de maintenant. Elle sera donnée à un autre peuple et, avec elle, la bénédiction du Père. Conduisez-vous de telle sorte que vous puissiez renaître au sein de ce peuple lorsque le Fils de l’Homme viendra pour le Jugement. »

« Seigneur, » soupira André, « penser à Ton départ est pénible. Nous serons comme des orphelins lorsque Tu nous quitteras. »

« Je ne veux pas vous laisser orphelins », dit Jésus en les consolant. « Je vous enverrai la Force, l’Esprit qui vient de Dieu. Il vous conduira et vous guidera à ma place. Je vous laisse ma paix, la paix que le monde ne peut donner ni enlever. Restez dans cette paix, et vos âmes pourront devenir fortes. Dans le monde, vous éprouvez de la crainte, mais consolez-vous, j’ai vaincu le monde ! »

Après le repas, Jésus se rendit avec les siens à Gethsémani. Une fois là, Il s’isola ; tous remarquèrent qu’Il voulait être seul. Personne ne Le suivit.

Il s’assit près d’un petit buisson, là où Il avait toujours aimé s’arrêter. Il leva les yeux vers le ciel nocturne ; quant à Son âme, elle séjournait dans la Lumière.

« Père, » soupira-t-Il, « mon Père ! L’heure est à présent venue où il m’est permis de me détacher de la Terre que j’ai foulée selon Ta sainte Volonté.

C’est avec un cœur plein d’Amour et de miséricorde que je suis venu dans le monde, mais l’humanité aimait les ténèbres plus que la Lumière. Elle ne m’a pas écouté. Cependant, aux quelques-uns qui ont écouté ma Parole, j’ai donné tout ce que Tu m’avais confié. Ils savent que tout cela venait de Toi, Père Éternel. Ils savent que tout ce qui est à moi est également à Toi. Nous sommes indissolublement Un. J’ai attaché ces âmes à moi avec un lien solide. Elles sont ainsi reconduites vers Toi.

Père, je Te le demande pour elles : ne les laisse pas se perdre ! Garde-les dans Ta Vérité, dans Ta Parole et dans Ta Lumière jusqu’au jour où viendra le Fils de l’Homme pour le Jugement ! Alors je les Lui confierai afin qu’elles Le servent également. Elles doivent Lui appartenir comme elles m’appartiennent à présent.

Père, je T’en supplie : ne laisse pas s’éteindre la flamme de la connaissance qui leur a été donnée. Donne-leur, par Amour pour moi, de puissants aides. Je les ai gagnées chèrement, ne les laisse pas tomber dans les chaînes de Lucifer ! Je ne Te demande pas de les enlever au monde dès maintenant. Je sais qu’elles doivent parfaire leur évolution, et c’est pourquoi je Te demande de faire en sorte qu’elles soient protégées.

Je ne Te prie pas seulement pour ceux qui furent mes disciples et mes compagnons sur le chemin de ma vie, je ne Te prie pas seulement pour tous ceux qui ont accueilli ma Parole et l’ont traduite en actes ; non, Père, je Te prie aussi pour tous ceux qui, grâce à leurs œuvres, viendront à Toi ! Père, le monde ne Te connaît pas, mais moi je Te connais et je peux me présenter devant Toi. Accorde-moi ce que je T’ai demandé ! »

Jésus se tut pendant un instant. C’était comme si la Force la plus sublime Lui était prodiguée, puis Il reprit : « Père, je Te remercie de m’avoir donné l’assurance que ma prière a été entendue. Maintenant, je peux plus facilement aller vers ce qui m’attend. Je repose dans Ton Amour, mes disciples sont protégés dans mon Amour. Par là même, ils reposent aussi en Toi. Père, je Te remercie ! »

Et l’endroit où Jésus priait fut inondé de Lumière. Des anges L’entouraient pour L’isoler des hommes pendant qu’Il parlait avec le Père.

Jésus devait par avance surmonter toute amertume et toute souffrance, car Dieu voulait Lui éviter d’éveiller la pitié chez Ses ennemis. Les serviteurs de Dieu pouvaient Lui apporter force et aide jusqu’à ce que Son âme fût suffisamment libérée pour Lui permettre de ressentir comme un simple rêve ce qu’Il allait encore vivre sur cette Terre.

Jésus venait tout juste de rejoindre Ses disciples lorsque Judas arriva et, avec lui, les soldats qui devaient s’emparer du Maître. Celui-ci se laissa faire sans rien dire et sans résister.

Il savait que Dieu avait permis que les ténèbres déploient toute leur puissance contre Lui. Il ne pensait plus à Lui-même, mais Son âme, qui était emplie d’Amour divin, souffrait à la pensée du sort que ces hommes se forgeaient. Et parmi les rares paroles que Jésus prononça au cours de Son dernier jour terrestre, il y eut la prière suivante : « Père, ne considère pas la faute dont se chargent ces gens. Ils ne savent pas ce qu’ils font ! »

Or, à l’heure où Jésus mourut, le ciel s’assombrit, le soleil perdit son éclat, et les êtres humains, qu’ils soient près ou loin, furent saisis d’une grande crainte. Mais ce ne fut là qu’un simple signe terrestre du profond abîme qui s’était creusé entre la Lumière qui entoure Dieu et le monde.

Dieu le Seigneur abandonna l’humanité aux voies qu’elle avait elle-même choisies ; seuls ceux pour lesquels avait prié la bouche divine du Fils furent encore guidés.

Le rideau du Temple se déchira de haut en bas afin que les hommes puissent voir que Dieu ne voulait plus demeurer auprès d’eux.

Et, d’un bout à l’autre de l’univers, retentit une voix pleine de colère : « Malheur à toi, humanité, qui n’as pas voulu être aidée ! Tu as assassiné l’Amour éternel. À présent, aucune aide ne te sera plus apportée ! »

Lorsque Jésus fut décédé, Joseph d’Arimathie, un prince juif qui aimait Jésus de toute son âme, se rendit auprès de Pilate pour lui demander l’autorisation de descendre le corps de la croix et de l’inhumer. Pilate en éprouva un grand soulagement et accéda sans hésiter à cette requête. Il avait énormément souffert après que Jésus eut été condamné à mort. Il était convaincu de l’innocence de Jésus ; bien plus, il avait été tout près de reconnaître ouvertement Son enseignement. Il était saisi de terribles remords pour ne pas L’avoir défendu avec plus de fermeté.

A Joseph d’Arimathie se joignit Nicodème qui, en tant que docteur de la loi, savait embaumer les corps. Aidés de quelques fidèles, ils descendirent de la croix avec Amour et précaution le corps inanimé et le transportèrent dans un tombeau qui n’avait jamais servi et que Joseph avait fait préparer pour lui-même sur ses terres. Là, ils le couchèrent dans des linges précieux et des plantes aromatiques, tandis que leur visage était inondé de larmes, mais ils n’en éprouvaient aucune honte.

Ils n’avaient pas prononcé un seul mot depuis qu’ils avaient touché le corps de Jésus. Mais à présent qu’ils devaient recouvrir du suaire les traits qu’ils aimaient plus que tout au monde, Joseph joignit les mains et s’écria avec ferveur :

« Mon Dieu et mon Seigneur, je Te remercie ! » Alors Nicodème tomba à genoux lui aussi et pria :

« Jésus, Toi qui es le Fils de Dieu, pardonne-nous, à nous les hommes ! »

Et, dans le tombeau, tout devint très clair ; des êtres de Lumière montaient la garde.

Jésus fut encore lié à la Terre pendant quarante jours avant de pouvoir rejoindre le Père, le jour où tous les cieux étaient ouverts.

Durant ce délai, Il se montra, tantôt ici, tantôt là, aux disciples et à d’autres qui L’avaient accompagné. Quelques-uns de ceux qui eurent la grâce de Le voir annoncèrent avec une grande joie : « Nous avons vu le Seigneur ! Il est sorti du tombeau ! Il chemine dans Son corps, sur cette Terre. »

Et, bien au-delà du cercle des disciples, la nouvelle se propagea dans tout le pays des Juifs.

D’autres, à qui il fut aussi donné de Le voir, gardèrent cette expérience dans leur cœur, tel un précieux trésor. Parmi eux se trouvait Marie de Béthanie.

Toute pensive, elle se tenait un soir dans son jardin, à la place préférée de Jésus. Son chagrin d’être séparée du Seigneur avait été atténué parce qu’elle savait combien Il désirait retourner au Père. Il était délivré de tout ce qui était terrestre ; l’ingratitude des humains, dont Il avait souffert, ne pouvait plus L’atteindre. Le cœur de Marie débordait de gratitude parce qu’elle avait été jugée digne de Le servir.

Mais elle était en peine à cause de Judas. Comment ce disciple si intelligent et si sûr de lui avait-il pu tomber si bas ! Elle l’avait toujours placé un peu au-dessus des autres jusqu’au moment où elle s’aperçut qu’il suivait des voies erronées.

« Comment cela a-t-il été possible ? » soupira-t-elle. C’est alors que s’éleva la voix bien connue :

« Cela t’étonne-t-il vraiment, Marie ? »

Jésus se tenait devant elle. C’était bien Lui, et pourtant ce n’était pas tout à fait Lui. Lumineux et clair, presque transparent, c’est ainsi qu’Il lui apparut. Il était aussi plus grand qu’Il ne l’avait jamais été. Mais c’étaient bien Ses traits, transfigurés par un immense bonheur. Marie se prosterna devant Son Maître, qui lui dit :

« Marie, le péché est apparu dans le monde parce que les hommes ont placé leur propre volonté avant la Volonté de Dieu. Judas lui aussi accordait la primauté à son intellect ; c’est ce qui l’a fait tomber. Je te le dis : n’oublie pas cette expérience ! Chaque fois que tu vivras à nouveau sur Terre, efforce-toi de propager la notion que l’intellect doit être un instrument pour l’esprit humain. S’il est mal dirigé, il devient l’instrument de Lucifer, pour la perte de l’humanité ! »

Avant que Marie n’eût pu répondre, Jésus avait disparu. Elle ne parla à personne de ce qu’elle avait vu et entendu. Elle garda les paroles de Jésus au plus profond de son âme et pria Dieu de lui accorder, au cours de ses vies futures, la force d’agir d’après elles.

Nicodème se tenait près du tombeau de Jésus. Il savait qu’il ne L’y trouverait pas, mais il était sans cesse attiré vers ce lieu où il avait vu les traits de Jésus pour la dernière fois. À présent, il ne pourrait plus jamais Le voir ! Une profonde tristesse se mêlait à la gratitude d’avoir pu malgré tout reconnaître le Fils de Dieu.

Et soudain, Jésus fut près de lui. Nicodème crut qu’il était lui-même déjà mort sans s’en être aperçu. Il ne pouvait s’expliquer autrement cette apparition. Mais Jésus lui dit affectueusement :

« Tu dois encore rester quelque temps sur Terre, Nicodème, afin de continuer à témoigner pour moi, comme tu l’as fait jusqu’à présent.

Ensuite, tu pourras entrer dans le Royaume éternel. Tu as fait tout ce que tu as pu. »

« Seigneur, » jubila Nicodème, « je peux donc encore Te remercier de tout ce que Tu as été pour moi depuis que, jeune garçon, Tu vins au Temple. Sois remercié pour tout ! »

Jésus le regarda avec une grande bonté. Puis Nicodème se retrouva seul, le cœur empli d’une joie bienheureuse.

En tout dernier lieu, Jésus apparut à Ses disciples alors qu’ils étaient réunis en pensant à Lui. Il s’avança au milieu d’eux et dit :

« Que la paix soit avec vous ! Ayez confiance. Je retourne à présent auprès de mon Père. Le chemin qui mène à Lui est désormais libre pour vous. »